• Critique Bitch Planet T.2 par

    Passé la massive promo autour du premier tome de Bitch Planet, qu'en est-il de la suite de ce comic annoncé comme celui « qu'on attendait. Rien de moins .» (Causette) ?

    A la sortie du premier, le battage médiatique autour de Bitch Planet m'avait laissé dubitatif voire quelque peu exaspéré, avant même d'avoir le bouquin entre les mains (esprit de contradiction oblige). Finalement, j'avais été agréablement surpris par la crudité, l'identité graphique et le propos du récit. L'excellent dossier final avait également pesé très lourd dans la balance ; et tout naturellement, j'attendais ce deuxième tome avec impatience.
    Sa parution a logiquement moins fait parler que lors de celle du premier opus il y a un an, pourtant en lisant la quatrième de couverture, les critiques de Madmoizelle.com, Causette, Grazia et Le Point sont dithyrambiques… sauf qu'elles datent de 2016, lors la sortie du premier tome. Outre le fait que pour me faire un avis sur une œuvre féministe, je ne me fierais pas forcément au quatre médias cités plus haut, on peut conclure sur le fait que Glénat semble vouloir capitaliser au maximum sur la promo de l'an passé. Est-ce bien honnête ?

    Avant de replonger dans l'enfer carcéral des non-conformes au moment exact où nous l'avions laissé il y a un an, ce deuxième tome s'ouvre sur un flashback concernant l'enfance de la défunte Meiko Maki. Ce flashback est lui-même précédé d'un « Trigger Warning » (TW), un avertissement encadrant un passage narratif au cours duquel sont relatés des événements violents, pouvant rappeler un traumatisme au lecteur ou à la lectrice.
    Dans la littérature féministe (mais pas que), le Trigger Warning est souvent présenté sous forme de balises :

    [TW-DÉBUT] (…) [TW-FIN]

    Ce qui permet, visuellement, d'identifier le début et la fin d'un passage violent que l'on est capable d'éviter facilement. Ici, l'avertissement concerne une « agression sexuelle » le fait que les auteurs aient pensé à ce TW montre qu'ils sont familiers des codes en usage. Réel souci de préserver le lectorat ou effet de style ? Peu importe, en réalité.

    Le discours féministe revendiqué est évidemment toujours très présent, c'est la colonne vertébrale de Bitch Planet, néanmoins dans ce deuxième tome, l'univers du récit est laissé de côté, ce qui est dommage car on aimerait en apprendre davantage sur les Pères, sur leur arrivée au pouvoir, sur les conditions de vie des personnes sur Terre etc. L'organisation de la compétition de Mégaton, annoncé comme L'É-VÉ-NE-MENT à venir, paraît là aussi relégué au rang d'anecdote.

    L'introduction de nouvelles thématiques dans le récit (le regard que portent les femmes sur les transgenres qui sont enfermées avec elles, intersectionnalité, par exemple) semblaient extrêmement prometteuse, mais elles ne sont finalement pas du tout exploitées.
    Ce qui domine dans ce tome, ce sont les relations entre les personnages, des intrigues se nouent et se dénouent, mais tout ça se fait au détriment du propos originel de l’œuvre, c'est dommage mais c'est le lot de bien des séries du même genre : débuter avec un très bon premier tome, peiner à transformer l'essai lors du second, puis retrouver une dynamique nouvelle. Espérons que ce sera le cas, car à trop se centrer sur l'émergence de l'intrigue (qui n'a rien d'exceptionnel), le côté politique risque de disparaître, et la raison d'être de la série avec.

    Tout n'est évidemment pas négatif : les dessins, la mise en couleurs sont toujours aussi réussis, ce qui confirme l'identité graphique originale, et très belle, l’œuvre. Ce à quoi les fausses publicités entre chaque chapitre contribuent largement.
    Je regrette l'absence de dossier à la fin, le premier avait mis la barre très haut, et évidemment, il est difficile de prétendre à ce niveau à chaque tome, mais cela aurait pu également faire partie de l'identité de la série : une conclusion invitant à la réflexion théorique, car c'est ce qui manque finalement ici : du fond.

    Cette nouvelle sortie de Bitch Planet confirme finalement les inquiétudes dont j'avais pu faire état à l'issu de la lecture du premier opus : un départ en fanfare outre-Atlantique (rappelons que des dizaines de personnes se sont fait tatouer « NC » sur le bras…), une promo intense du côté de Glénat (goodies, dossier de presse en béton, interview dans tous les sens, etc.), et finalement un deuxième tome qui s'essouffle déjà, ne prenant le relais que partiellement du premier, pourtant très prometteur.

    8

    bulgroz - 26 juillet 2017

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