• Critique Postal T.1 par

    « Bienvenue à Eden, on est tous des pécheurs ». Ainsi la maire de la petite ville (2198 âmes, suivant les jours… et les nuits) présente-t-elle ce lieu qui n’apparaît sur aucune carte officielle et qui promet d’offrir un refuge à toute sorte de personne souhaitant disparaître des radars, si elle accepte de se soumettre et de ne pas compromettre la tranquillité de tous...

    Mark Shiffron y est facteur, la maire est sa mère, et puisqu’il est atteint du syndrome d’Asperger, il est doté d’une faculté d’observation hors norme.
    C’est en distribuant le courrier chez les uns et les autres qu’il devient l’une des personnes les plus au fait des petits secrets de chacun : à Eden tout le monde a quelque chose à cacher… et nous découvrons quoi, petit à petit.
    La bourgade se caractérise par son absence de criminalité. Une absence toute superficielle puisqu’en réalité le moindre comportement déviant (dans le sens où il nuirait à la communauté) est sanctionné lourdement par les notables.

    Peut-on parler de criminalité quand elle est punitive et qu’elle vient des détenteurs du pouvoir ?

    La défense de la tranquillité de la communauté justifie-t-elle qu’on commette les actes les plus cruels ?

    Telles sont les questions que pose d’emblée ce thriller… Le lecteur suit presque exclusivement le jeune facteur (la narration est faite par Mark, à la première personne) et découvre avec lui les lourds secrets que renferme le village, ainsi que les trajectoires tragiques de ses habitants.

    L’intrigue se dévoile lentement et les scénaristes Matt Hawkins (que j’avais adoré sur Symmetry) et Bryan Edward Hill parviennent à faire monter la sauce sans changer de rythme du début à la fin, tout en réalisant un premier tome dans lequel on ne s’ennuie pas ; un sacré boulot d’équilibristes en somme.
    Postal, c’est aussi l’occasion de découvrir le travail du dessinateur Isaac Goodhart : traits fins, plans soignés, composition dynamique… tout ce que j’aime. La mise en couleur de Betsy Gonia m’a en revanche laissé dubitatif, mais elle donne une véritable identité à l’ensemble, oscillant continuellement entre chaud et froid, toujours teintée d’un ton sépia.

    J’avoue avoir eu quelques réticences en lisant l’introduction, exposant les grands traits du récit. Le choix du nom du village, Eden, pas très subtil et vu et revu.
    Mais surtout je redoutais le choix fait par les auteurs de créer un personnage atteint de cette forme d’autisme qu’est Asperger. En effet, le syndrome est au centre d’une romantisation largement excessive des troubles autistiques, une perception très idéalisée à laquelle le film Rain Man (1988) a très largement contribué. Et si, effectivement, certaines personnes atteintes du syndrome sont douées de capacités spectaculaires, ce n’est clairement pas la majorité d’entre-elles.
    Je craignais ainsi que le personnage principal de Postal soit, en quelque sorte, un crypto-super-héros, une astuce des scénaristes pour créer un superslip en short, bretelles et grosses lunettes. A fond dans la caricature, quoi.
    Ce qu’il est en partie (capacités d’observation et de déduction augmentées, et aussi le short...), mais le choix des auteurs s’explique pour moi par leur volonté de créer un personnage conscient des crimes d’Eden mais qui, par son détachement vis-à-vis des autres, acquiert une certaine neutralité. Assez habile en vérité.

    Le « village replié sur lui-même et dirigé par une main de fer qui "protège" ses habitants du monde extérieur » est quasiment devenu un genre à part entière en littérature et au cinéma, pour le meilleur et pour le pire.
    Ce premier tome de Postal augure une bonne série, sa lecture est prenante dès les premières pages et les dernières nous donnent (évidemment, c’est fait pour) l’eau à la bouche.

    8

    bulgroz - 18 septembre 2017

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