"FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

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"FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/JUSTICE MACHINE

Messagepar artemus dada » 27 Jan 2016, 14:37

Photonik a écrit:Sur ce thread, je propose que l'on se penche sur le cas de personnages et / ou de minis (voire de séries "illimitées", si un cas s'y prête...) un peu tombés dans l'oubli, un peu sortis des radars des lecteurs, à plus forte raison les plus récemment plongés dans le bain des comic books. Le thread est ouvert à toutes les bonnes volontés (et les bonnes idées), est-il nécessaire de le préciser..[...]


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Couverture de John Byrne pour la Justice Machine de Noble Comics

La mini-série dont je vais parler m'a été révélée par la lecture d'American Comic Book Chronicles : The 1980s, dans un des chapitres l'auteur Keith Dallas évoque la création de Mike Gustovich intitulée Justice Machine où un groupe de super-policiers dénommé comme il convient Justice Machine sert une dictature militaire sur une planète nommée Georwell, contraction vous l'aviez deviné de George Orwell, l'auteur notamment de 1984 un roman dystopique.

Je n'ai pas trouvé la série originale publiée par Noble Comics qui date du début des années 1980 mais j'ai mis la main dernièrement sur la mini-série qui paraîtra en 1986 sous la bannière de Comico The Comic company et les auspices de Bill Willingham, l'auteur de la série Fables (entre autres choses).

Le résumé des idées de Justice Machine et la présence au scénario de Bill Willingham, ainsi que le prix m'ont décidé, et j'ai donc lu les quatre numéros qui introduisent la Justice Machine dont le chemin croise ici celui des Elementals un groupe de super-héros créé par Willingham himself.

L'histoire de ce groupe de super-héros inventé par Bill Willingham vaut le coup d'être raconté.
Il s'agit à l'origine de pages qu'avait dessinées le créateur de Fables alors qu'il voulait percer dans le milieu de la BD U.S, il dessinait alors, et surtout pour des jeux de rôles et voulait « désespérément » (selon ses propres mots) dessiner des comic books, et plutôt chez Marvel Comics si on lui laissait le choix.
En attendant il avait donc envoyé des pages de son travail à l'éditeur Noble Comics, ce qu'on appelait alors un independent qui en retour lui avait proposé du travail ayant aimé son travail.
Ce que Willingham ne savait pas c'est qu'il allait travailler sur sa propre série, avec les personnages qu'il avait créés pour l'occasion.

Cependant Bill n'avait pas l'ombre d'une idée de scénario puisqu'au départ il s'agissait pour lui de montrer ce qu'il était capable de faire en tant que dessinateur.
Il s'est donc inspiré de ce qu'il avait fait chez Villains and Vigilantes, un jeu de rôles de super-héros et il a utilisé notamment des personnages d’un module de jeux pour en faire les antagonistes de l’histoire qu’il s’est mis à écrire.
Las, des aléas éditoriaux n’ont pas permis la publication de ce qui était prévu.

Mais revenons en 1986 chez Comico.
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Dans ce qui sera destiné à devenir la page du courrier des lecteurs du premier numéro de la série régulière (qui suivra la mini-série dont je vais vous parler) Tony Isabella (le scénariste de la série régulière donc) explique que tout ce qui précède la mini de Willigham ne fait pas partie du canon de Justice Machine.


Ça tombe bien puisque je n’ai pas réussi a trouver ces numéros.
Or donc, en mai 1986 Bill Willinghan a fait du chemin et c'est lui qui écrit, et ce sont ses personnages qui sont sensés donner un coup de projecteur sur la Justice machine.

Je ne vais pas vous cacher plus longtemps que cette mini-série est totalement dispensable.
En plus de pas aborder le thème de la dystopie, ou alors de manière tellement sibylline que cela m'a échappé, le scénario est cousu de fil blanc.
Les rebondissements sont téléphonés, la psychologie des personnages quasi absente, et comme je l'ai dit l'environnement dystopique est lui aussi absent, bref en s'ennuie ferme tout au long de ces quatre numéros.

Si le dessins n'est pas mauvais rien ne le distingue du tout venant de ce qui se fait à l'époque.

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Cela étant dit, j'ai tout de même récupéré quelques numéros de la série régulière ayant appris que c'était Tony Isabella l'homme derrière le concept des Champion (dont je garde un bon souvenir) et le créateur de Black Lightning (un super-héros que j'aimais bien) qui en était devenu le scénariste attitré.
D'autant que j'étais toujours intrigué par cette idée de super-police dans une dictature militaire.

À suivre donc. :wink:

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Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar Photonik » 27 Jan 2016, 15:18

Je n'avais pour ma part jamais entendu parler de ces personnages...
Un "pitch" très intéressant effectivement, il y aurait de quoi faire ; dommage que ça ne se confirme pas à la lecture, à t'en croire.
"La principale tentation du Mal est la provocation au combat." Franz Kafka

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar artemus dada » 27 Jan 2016, 15:43

Photonik a écrit:[...] dommage que ça ne se confirme pas à la lecture, à t'en croire.


Oui c'est ça, mais je ne désespère pas de trouver ces éléments dans la série régulière, on va voir. :wink:

"FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/THE LIBERTY PROJECT

Messagepar artemus dada » 30 Jan 2016, 06:17

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Lorsque le gouvernement américain a besoin d'une équipe de super-héros, où pense-t-il les trouver le plus facilement ?

Dans les prisons bien évidemment.

Mais des super-vilains peuvent-ils s’amender en faisant le Bien, et obtenir ainsi une libération conditionnelle anticipée ?

Voilà la question centrale du Projet Liberté.

L’idée de The Liberty Project est née aux environs de 1984 ; Kurt Busiek travaille alors pour Marvel Comics et la rumeur du moment dans les couloirs de la Maison des Idées est que la série Captain America va être annulée.
Kurt qui aime beaucoup le personnage, discute du sujet avec son ami James Fry et les deux compères se mettent à développer une idée.

Toutefois il faut savoir, avant de poursuivre nos investigations, que le personnage favoris de Kurt chez Marvel, a toujours été Hawkeye.
Pour la simple et bonne raison dira-t-il, que c’est un personnage qui veut devenir un héros, et ce malgré les vicissitudes qui l’en empêchent.

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Ceci étant dit, revenons à nos moutons, noirs en l’occurrence les moutons.

L'idée de Kurt Busiek pour relancer la série est de faire de Captain America le responsable d’un projet de réhabilitation en vue de donner une chance à des super-vilains adolescents à qui on permettrait de mettre leur(s) pouvoir(s) au service du Bien ou plus "prosaïquement", de la société.
Nonobstant, l’idée n’eut pas l’heur de plaire aux responsables de la Maison des Idées qui selon certains mettait Captain America au second plan dans sa propre série.
Toutefois, Tom DeFalco alors en charge de la destinée de Captain America, encouragea Kurt Busiek à développer son idée mais, sans Captain America.

Ce qu’il fit donc avec son ami James Fry.
Le résultat de leurs cogitations prit la forme d’un dossier de près de 50 pages où étaient consignés : croquis de personnages, descriptions, intrigues, etc.

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Finalement c’est Eclipse Comics qui pour diverse raisons, publiera la série. Marvel était entre autre, alors trop occupé avec le New Universe et ses retombées.
Ce qui ne sera pas une mauvaise chose puisque Eclipse laissera aux deux auteurs la propriété de leurs personnages et les impliquera dans la phase publicité et communication.

Publiée à l'origine en 1987 et 1988 sous la forme de 8 fascicules, cette série oubliée ou presque (?), est sortie bien avant les projets qui feront la renommée de Kurt Busiek tels que Marvels ou Astro City.
Cependant : "Ce fut la première série où je suis arrivé à jouer avec un certain nombre de mes obsessions récurrentes, sur les personnages et sur la narration," nous dit Kurt Busiek. « Liberté Project a été la première série à suivre que j’ai créée, et les thèmes que James Fry et moi avons explorés sont depuis apparus dans plusieurs des séries sur lesquelles j’ai travaillées par la suite ».

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« L'idée de super-vilains envisagés en tant que héros en devenir était le concept central de la série Thunderbolts. Et ça a été une partie de celui d’Astro City ou de Power Company, voire des Vengeurs quand je travaillai dessus. Je ne sais pas pourquoi je suis tellement intéressé au thème du rachat. »

Malgré un thème grave, The Project Liberty n’est pas plombé par un trop grand sérieux ni par l’injection d'une ambiance grim and gritty alors que la fin des années 1980 se prêtait bien aux séries de ce genre.
Au contraire, la série tente de combiner une bonne tranche d’optimisme, de l’action, le tout patiné d’une bonne dose de soap-opera.

Et elle y réussit.

L’équipe est au départ composée de Slick un jeune homme capable de rendre les surfaces glissantes, un pouvoir qui a déteint sur sa personnalité (ou peut-être est-ce l’inverse ?), de Burnout, une jeune adolescente un peu instable dont le pouvoir est la pyrokinésie, de Crackshot un inventeur de génie et un tireur d'élite hors pair, et enfin de Cimarron, une jeune femme très sexy et super forte, ......

Pas d'ambiance sinistre & violente pour The Liberty Project disais-je ; en effet les aventures de ce groupe de super-vilains en quête de rédemption sont placées sous l'égide de la bonne humeur et du dynamisme, voire de l'humour.
Le dessins traduit assez bien cette volonté : dynamique (justement), un peu rond, voire cartoony, il n'est pas sans rappeler celui de Mark Bagley par moment.

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Les huit numéros de la série se lisent très bien et ne sont pas sans rappeler et pour cause, les aventures des Thunderbolts l'équipe créée par Kurt Busiek & Mark Bagley chez Marvel Comics dix ans plus tard.

C'est en tout cas un bien chouette moment de lecture que j'ai passé avec ces héros, des héros que vous avez peut-être oubliés !?

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/JUSTICE MACHINE

Messagepar Blackiruah » 30 Jan 2016, 12:07

artemus dada a écrit:Justice Machine de Noble Comics

[...]

La mini-série dont je vais parler m'a été révélée par la lecture d'American Comic Book Chronicles : The 1980s, dans un des chapitres l'auteur Keith Dallas évoque la création de Mike Gustovich intitulée Justice Machine

[...]

L'histoire de ce groupe de super-héros inventé par Bill Willingham vaut le coup d'être raconté.


Artie, petite question, vu que j'ai complété la BDD avec les justice Machine, j'ai vu que Mike Gustovich est bien crédité comme le créateur de la série, mais ton récit indique clairement que Willinghams'est inspiré d'une autre oeuvre. Est ce que tu sais si en réalité c'est juste le concept qui vient de Gustovich ou c'est au niveau des personnages ?
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Projet de Frise Marvel ICI

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/JUSTICE MACHINE

Messagepar artemus dada » 30 Jan 2016, 12:21

Blackiruah a écrit:
artemus dada a écrit:Justice Machine de Noble Comics

[...]

La mini-série dont je vais parler m'a été révélée par la lecture d'American Comic Book Chronicles : The 1980s, dans un des chapitres l'auteur Keith Dallas évoque la création de Mike Gustovich intitulée Justice Machine

[...]

L'histoire de ce groupe de super-héros inventé par Bill Willingham vaut le coup d'être raconté.


Artie, petite question, vu que j'ai complété la BDD avec les justice Machine, j'ai vu que Mike Gustovich est bien crédité comme le créateur de la série, mais ton récit indique clairement que Willinghams'est inspiré d'une autre oeuvre. Est ce que tu sais si en réalité c'est juste le concept qui vient de Gustovich ou c'est au niveau des personnages ?


Au sujet de Willignham, il s'agit des Elementals le groupe qu'il a créé et qui croise ici la Justice Machine :


[..] la Justice Machine dont le chemin croise ici celui des Elementals un groupe de super-héros créé par Willingham himself.

L'histoire de ce groupe de super-héros inventé par Bill Willingham vaut le coup d'être raconté.

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/JUSTICE MACHINE

Messagepar Jack! » 30 Jan 2016, 12:23

artemus dada a écrit:D'autant que j'étais toujours intrigué par cette idée de super-police dans une dictature militaire.

Un petit coté 2000AD en somme ?

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/JUSTICE MACHINE

Messagepar Blackiruah » 30 Jan 2016, 12:24

artemus dada a écrit:Au sujet de Willignham, il s'agit des Elementals le groupe qu'il a créé et qui croise ici la Justice Machine


Merci ! :D
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Projet de Frise Marvel ICI

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés/JUSTICE MACHINE

Messagepar artemus dada » 30 Jan 2016, 12:26

Jack! a écrit:
artemus dada a écrit:D'autant que j'étais toujours intrigué par cette idée de super-police dans une dictature militaire.

Un petit coté 2000AD en somme ?


Oui tu as raison un petit côte Judge Dredd, voire Escadron Suprême, c'est cet aspect qui m'a intéressé.

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar soyouz » 01 Fév 2016, 22:36

Avengers Academy ressemble un peu à The Project Liberty !
Je suis Charlie / "Fluctuat nec mergitur"

France-Comics, c'est :
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VIVE LA MAYENNE LIBRE

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar Photonik » 02 Fév 2016, 00:42

FOOLKILLER Vol. 1 1-10 (Steve Gerber / J.J. Birch)


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En 1991, les jeunes téléspectateurs français (!!), dont l'auteur de ces lignes, eurent vent de l'existence du Foolkiller par le biais de l'éphémère émission TV "Babylone", sur la Cinq. Le temps d'une brève, le présentateur Numa Roda-Gil y évoquait cette mini peu connue des lecteurs Marvel, la présentant comme les aventures du "tueur de crétins". Voilà qui interpelle. Le Foolkiller n'était pourtant pas né de la dernière pluie.
Sorte de Punisher du pauvre, le Foolkiller a tout du pastiche, avec sa défroque un brin ridicule quelque part entre un Mousquetaire et Zorro. Pourtant, le personnage apparaît quelques semaines à peine après le plus célèbre "vigilante" meurtrier de Marvel ; il n'est pas du tout évident que les deux créations soient liées ou que l'une soit le commentaire de l'autre. Le Foolkiller est plus "spécial" et moins terre-à-terre en fin de compte, du fait de la couleur très particulière des travaux de son créateur, l'extraordinaire et mésestimé Steve Gerber.

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Gerber est d'abord un jeune fan de comics sacrément mordu, avec une solide expérience dans le fanzinat à 14 ou 15 ans à peine. Il entretient une correspondance avec le tout aussi actif Roy Thomas, qui lui met le pied à l'étrier chez Marvel pour le sauver d'un job dans la publicité. D'abord "assistant editor", Gerber est vite promu auteur (en raison de son inefficacité notoire dans le job d'editor, selon Thomas) et on se rend vite compte que le bougre, déjà auteur de quelques nouvelles, a de la ressource et des idées fraîches.
En décembre 1972, 3 comics, ses premiers travaux publiés, paraissent avec son nom sur la couverture : Shanna The She-Devil 1, Incredible Hulk 158 et surtout Adventures Into Fear 11. C'est ce dernier titre, avant le célèbre Howard The Duck (qui apparaîtra dans ces mêmes pages), qui marque d'abord significativement les esprits. Gerber y écrit les aventures de The Man-Thing, l'Homme-Chose en bonne VF (le Swamp Thing de Marvel, à moins que ce ne soit l'inverse), prenant la suite de Gerry Conway et accouche d'une saga introduisant le démon Thog dont le dénouement surviendra dans Man-Thing 1, nouvelle mouture de "...Fear". Ce titre est un must absolu des années 70, parfait mélange entre le psychédélisme hérité d'un Doctor Strange période Ditko, et une fibre "consciente" sur le plan politique et éthique au sens large (et Gerber ne fait pas grand mystère de son orientation "gauchiste", pour le dire très grossièrement).

C'est dans les pages de Man-Thing 3, le temps d'un diptyque, que le Foolkiller fait sa première apparition. Les deux épisodes en question sont typiques de la veine du Gerber de l'époque : bizarre, décalé, drôle à sa façon étrange, son travail a un parfum inimitable. Le Foolkiller est à l'origine un anonyme, fanatique religieux obsédé par l'élimination des "fools" (on reviendra sur le problème d'une traduction correcte du terme en VF...). A ses yeux, les "fools" sont les pêcheurs, les égarés sur le chemin du Royaume de Dieu, et ils ne méritent selon lui qu'un répit de 24 heures pour se repentir avant que le Foolkiller n'exerce la colère divine en les désintégrant de son pistolet-purificateur. Déçu par son mentor, un prêcheur moralisateur mais aux moeurs dissolues (qu'il assassine sans délai), l'évangéliste revêt le costume du Foolkiller, mais meurt dans Man-Thing 4 en se heurtant à Richard Rory et son allié, l'Homme-Chose.
Mais le Foolkiller est un héros/vilain "dynastique" : plusieurs personnages assumeront son identité par la suite.



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Le tout premier (rétroactivement baptisé Ross Everbest, variation sur un pseudo courant de Gerber, anagramme de son nom) fera donc des émules : Greg Salinger, un militaire instable mentalement, reprend le flambeau. Il aide involontairement le mystérieux justicier Omega l'Inconnu (en éliminant un de ses adversaires, Blockbuster), sous la plume de Steve Gerber, avant de s'opposer aux Défenseurs. Il réapparaît quelques temps plus tard sur un campus new-yorkais, où il fait connaissance d'un certain Peter Parker, alias Spider-Man (sous la plume, cette fois, de Roger Stern). C'est ce dernier qui le met hors d'état de nuire. Cette mouture du Foolkiller est probablement la plus connue des lecteurs français, Amazing Spider-Man 225 (l'épisode en question) ayant été publié dans Strange (le numéro 182, pour les complétistes) : le personnage aura même les honneurs de la couverture...
Très perturbé, Salinger atterrit dans un hôpital psychiatrique où il ne fera plus parler de lui...jusqu'à la mini de 1990 signée Steve Gerber (encore lui) et J.J. Brich (pseudo du dessinateur Joseph Brozowski).

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C'est un nouveau personnage, Kurt Gerhardt, le troisième Foolkiller, qui est le "héros" de cette mini. Cadre moyen, celui-ci traverse une crise sans précédent quand il perd simultanément son père (agressé par des voyous), sa femme (qui le quitte) et son emploi (contexte économique oblige). Broyant du noir, au bord de la folie, il tombe un jour à la télévision sur une interview de Greg Salinger, le précédent Foolkiller, toujours interné. Celui-ci explique sa conception du monde, et ce que sont pour lui les "fools".
Intrigué, Gerhardt entame avec lui une correspondance : Salinger saute sur l'occasion pour faire de lui (matériel à l'appui) son successeur. D'abord vêtu du même costume que ses prédécesseurs, Gerhardt ne tarde pas à opter pour son propre look, plus conforme à l'air du temps, et entame une croisade sanglante et aveugle...

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Michael Moorcock disait de sa célèbre création Jerry Cornelius qu'il était moins un véritable personnage de fiction qu'un pur outil narratif, vecteur d'une multitude de variations possibles et d'autant de sous-textes. Toutes choses égales par ailleurs, le Foolkiller fonctionne de cette façon sous la plume de Gerber ; on pourrait aussi établir un parallèle avec la démarche de George Romero dans son grand cycle de films de zombies, où il élabore en quelques sorte une "allégorie évolutive" du zombie comme symptôme de problématiques sociales changeantes au fil des ans.
Ainsi, au début, le Foolkiller est une caricature assez transparente de la part maudite de l'Amérique aux yeux de Gerber, cette "majorité silencieuse" violemment conservatrice et hostile aux mutations de la société qui s'opère à l'époque. Le Foolkiller dégomme du Hell's Angels, du Hippie, du "sataniste californien" en puissance dans un joyeux résumé des figures contre-culturelles de l'époque, c'est-à-dire tout ce qui intéresse le scénariste (il renouvelle ainsi le "supporting-cast" type des comics). Gerber est à l'opposé du spectre de son personnage, pour le dire vite.

Mais lors de l'exhumation du personnage dans les années 80, sous l'alias de Greg Salinger, les choses se font beaucoup plus subtiles : les "fools" ne sont plus les mêmes. Il faut dire que le terme lui-même, "fool", est assez plastique ; il est assez délicat de le traduire en français correctement par exemple. Si on opte pour "crétin", on oblitère la part "lunatique" de l'expression (comme dans la chanson des Beatles, Fool On The Hill). Si on opte pour "fou", c'est la part "naïve" du caractère dépeint par le terme qui disparaît un peu...
Steve Gerber (relayé par Roger Stern sur Amazing Spider-Man) profite de cette "plasticité" pour modifier la portée allégorique du personnage ; cette fois, dans les très matérialistes années 80, les "fools" sont ces individus rongés par l'absence totale de poésie, ceux qui cèdent aux sirènes du matérialisme précisément. Ce qui change tout : le personnage est toujours un zinzin homicide dans son modus operandi, mais il ne représente plus du tout la même chose. Gerber lui désigne des cibles qu'il exècre en fait lui-même.
Ce changement de braquet complexifie considérablement le rapport que le lecteur entretient avec ce personnage.

Dans cette série consacrée à la troisième incarnation du personnage, Gerber s'amuse en quelque sorte à combiner les approches précédentes. Il faut dire que l'auteur a de la place : les dix épisode de la mini constituent évidemment le cycle le plus long jamais consacré au personnage. Il va être difficile de condamner en bloc les actes de ce nouveau Foolkiller ; Gerber va prendre le temps de nous raconter les circonstances de sa métamorphose en fanatique illuminé. Son Foolkiller a des airs de "Taxi Driver des comics" (même si le Daredevil : Born Again de Miller et Mazzuchelli peut aussi prétendre au titre).

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Kurt Gerhardt rappelle un peu le Joker pas encore "né" du Killing Joke de Moore et Bolland ; par la suite tragique de drames qui émaillent son quotidien, il prouve qu'une mauvaise journée de trop est à même de faire basculer l'esprit humain. Le procédé est cependant plus graduel chez le nouveau Foolkiller : Gerber, de façon très sournoise mais très profonde, titille le sens moral du lecteur qui voit gros comme une maison le train des événements dérailler lentement mais sûrement ; comment en vouloir à ce pauvre gars ?
Evidemment, coup classique mais redoutablement efficace (et cruel d'une certaine manière), les exactions du Foolkiller deviennent de plus en plus abominables et gratuites (il en vient à dégommer des fonctionnaires qu'il juge incompétents). Pour lui, les "fools", nouvelle définition, sont tous ceux qui sont assez crétins ou fous pour rendre le monde dans lequel ils vivent pire qu'il n'est ; ce qui rend la définition, avouons-le, assez vague pour englober un paquet de macchabées potentiels.
Et c'est quand on pense que le personnage est définitivement irrécupérable (quand son embryon de love-story avorte, par sa faute) que Gerber réintègre dans l'équation une figure ambigue : la cible principale du personnage est une ordure terminale, promoteur immobilier véreux d'un cynisme inhumain, qui est le principal "vilain" du titre. C'est là que les choses se compliquent : le promoteur en question a un modèle réel, Donald Trump, qui triomphe déjà à l'époque et que Gerber, cela transpire de son récit, exècre au dernier degré. Décidément, il est bien difficile de ne pas suivre le Foolkiller, tout comme de le suivre...
Gerber maintient avec brio cette ambiguïté fondamentale tout au long du récit, élaborant une sorte d'allégorie à géométrie variable, où il s'agira de ne pas adhérer inconditionnellement au parcours de son "héros/anti-héros" et constamment questionner la moralité de ses réactions.

En plus de cette dimension "morale" (pas moralisatrice, ce n'est pas pareil) du récit, Gerber se livre comme il a pu le faire par le passé (dans Howard The Duck exemplairement) à un commentaire sur les évolutions de son médium, produisant un méta-discours. Ici Gerber pointe du doigt de manière évidente vers la vague grim n'gritty qui s'impose presque de façon hégémonique à ce moment-là. Son Foolkiller qui renonce à son flamboyant costume de Mousquetaire pour une toute aussi ridicule combinaison S/M avec cagoule de cuir en est l'illustration visuelle très directe.
Fidèle au style qui forgea sa légende, Gerber déploie de plus des trésors d'imagination, même dans un contexte très urbain et "réaliste" comme ici, accouchant de quelques idées bien barrées comme l'entraînement très spécial du justicier, à base de châtiments corporels auto-infligés, en substance.
Il y a de toute façon un humour diffus et discret très "tongue-in-cheek" qui plane sur tout le titre, qui vient redoubler l'ambiguité morale d'une ambiguité scénaristique majeure : et si le New-York affreusement glauque et misérable, violent jusqu'à l'invraisemblance, n'était que le délire intégral du personnage principal, très subtilement au moins aussi raciste que le Travis Bickle de Martin Scorcese ? Voilà qui viendrait teinter d'une drôle de couleur le final du récit, où l'auteur offre contre toute attente une sorte de "renaissance" symbolique au personnage...

Dessiné dans une veine ultra-caractéristique des années 80 finissantes, rendant à merveille le parfum "naturaliste" des péripéties (jusqu'aux plus crapoteuses), le titre est un vrai plaisir de lecture. Bien plus profond que le concept débile qui semble présider à sa résurgence ne le laisse présager, Foolkiller vol. 1 est une perle discrète (au regard de son beaucoup plus impressionnant Man-Thing ou de son étrange mais beau Omega The Unknown) mais plus que recommandable de la bibliographie du regretté scénariste.
"La principale tentation du Mal est la provocation au combat." Franz Kafka

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar artemus dada » 02 Fév 2016, 03:31

Photonik a écrit:FOOLKILLER Vol. 1 1-10 (Steve Gerber / J.J. Birch)

[...] mais plus que recommandable de la bibliographie du regretté scénariste.


Très très chouette rétrospective !
Et joli choix de personnage oublié.

Soyouz a écrit:Avengers Academy ressemble un peu à The Project Liberty !


Je ne connais pas ce titre, sinon de nom et pour en avoir lu 1 ou 2 numéros sans plus je crois ; alors je te fais confiance. :wink:

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar Photonik » 02 Fév 2016, 09:27

artemus dada a écrit:Très très chouette rétrospective !
Et joli choix de personnage oublié.



Merci beaucoup !!! :D
"La principale tentation du Mal est la provocation au combat." Franz Kafka

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar Jack! » 02 Fév 2016, 13:05

Je crois que c'était Denny Colt qui avait écris un papier sur le personnage à l'époque de Superpouvoir.com ? Je me demande si je n'ai pas ça quelque part.

En tout cas, chouette chronique qui me rappelle que je n'ai toujours pas lu la série.

Re: "FROM THE VAULT" : Les héros oubliés

Messagepar Photonik » 02 Fév 2016, 14:43

Merci pour ton appréciation !

Un papier de Denny Colt/Yann Graf sur le sujet ? Il m'avait échappé, mais c'est alléchant.
Si tu le retrouves dans tes archives, je suis preneur...et d'autres aussi, je pense.
"La principale tentation du Mal est la provocation au combat." Franz Kafka

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