Nikolavitch Archives : Le Futur n'est plus ce qu'il était

Les anciens le réclament, certaines vieilles chroniques perdues lors de la Coupure ont été sauvées. En voici une, consacrée à un vaste sujet : l'avenir du futur.

On rencontre encore assez souvent un préjugé imbécile contre la science-fiction, vue comme un genre pour adolescents boutonneux. Les auteurs tentés de se livrer à l'exercices science-fictif dans des collections de littérature "Blanche" et donc considérées comme "Grand Public" (quand on voit les chiffres de vente du secteur, il y a souvent de quoi se marrer sur cette notion de grand public) ont pour consigne expresse, semble-t-il, de ne jamais employer le terme maudit de science-fiction, fussent-ils des Goncourt. Prospective, oui. Anticipation, oui. Mais science-fiction, non. Sors de ce corps, esprit de Georges Lucas, semblent proférer en coeur les attachées de presse et les directeurs de collection.

 

Gagarine

La SF est parfois, souvent même, en retard :

Cette photo a été prise AVANT le tournage de 2001

 

Car le terme science-fiction, dans l'esprit de ces gardiens de la culture et des branlottages nombrilistes de la Rive-Gauche, signifie une littérature immature, d'évasion, sans fond sérieux. Ces gens souffrent d'une confusion entre la SF et le Space Opera (qui n'est en effet souvent que de l'Heroïc Fantasy avec des vaisseaux spatiaux, mais même pas toujours, regardez ce que fait Ian Banks, pour ne citer que lui). C'est nier en bloc sa dimension d'anticipation et de prospective , l'anticipation et la prospective en étant justement partie intégrante.

Actuellement, la littérature "blanche" commence péniblement à intégrer l'existence d'ordinateurs et de techno jargons comme celui des SMS, force est de constater qu'elle a un peu de retard sur le coche. L'ordinateur est une réalité depuis les années 40. L'ordinateur personnel et les réseaux depuis les années 70. L'ordinateur grand-public depuis les années 80. Le Net comme partie intégrante de la société, depuis les années 90. La connection permanente et l'intrication du virtuel avec le réel, depuis les années 2000.

Quelle forme de littérature parlait de cette révolution au moment où elle se produisait, et ouvrait ses lecteurs aux potentialités des nouvelles technologies ? La SF. La SF a toujours été sur l'onde de choc du changement. Si Neuromancien a été tapé à la machine et pas sur un traitement de texte, l'ordinateur individuel et la notion de réseau planétaire dans un monde ultra-libéral commençaient à transpirer jusqu'à la conscience collective. Si les technologies décrites par William Gibson ne sont pas toutes d'actualité (pour l'interface directe esprit-réseau, on en est même loin, les premières électrodes directement implantées si elles fonctionnent correctement, montrant rapidement leurs limites), cette nouvelle criminalité des réseaux, fait de semi-anarchistes geekifiés, est notre présent. Et se profilait déjà à l'époque, dans les labos de la Silicon Valley.

Mieux encore, alors qu'Arpanet n'était encore qu'un rêve humide d'officiers de l'US Army maniaques des transmissions, John Brunner décrivait déjà des gugusses lançant des Vers dans le réseau dans le simple but de foutre le bordel.

Le télé-punk de Max Headroom qui commençait ses émissions par "vous vous rappelez quand on vous disait No Future ? Eh bien nous y voilà", il est douloureusement actuel. Les cyberpunks sont dépassés. L'avenir qu'ils décrivaient s'est réalisé. Tout comme les auteurs qui décrivaient la conquête de la Lune, historifiés par Apollo. Mais c'est gens-là ont été visionnaires. Ont été validés par le présent. Leur durée d'actualité est plus grande que celle de la plupart de celle des écrivains dits "actuels", qui sont déjà dans le passé au moment même où ils écrivent.

Sauf que ces auteurs de SF ont écrit dans le passé. Où est la prospective au présent ? Qui tente d'imaginer ou de déblayer notre futur à nous ? Alors que le clonage et la thérapie génique sont d'actualité, où se situera la prochaine onde de choc, la prochaine révolution ?

Sting en slip de l'espace

Contrairement à ce qu'a cru George Lucas, dans le futur, il y aura peut-être bien des sous-vêtements.

Même que ce sera des slips

 

Et là, la génération des auteurs qui ont grandi avec l'ordinateur est tentée de baisser les bras. La technicité qu'atteignent les recherches actuelles commence à faire peur. La SF actuelle joue la carte de l'uchronie, avec le Steampunk, le Jules Verne up-to-date, ou se propulse à nouveau dans de lointains futurs, où elle peut se livrer à des expériences de politologie, de sémantique ou de philosophie appliquées.

Mais personne ne s'attaque sérieusement aux nanotechnologies, ces machineries moléculaires dont le mode d'action est tellement abstrait qu'elles redéfinissent la notion de machinerie, et dont peu de personnes saisissent vraiment la portée, tant le grand public les voit comme de mini-robots, ce qu'elles ne sont pas. Le concept est encore trop nouveau, et quelqu'un doit le digérer, comme Brunner et Gibson ont digéré les réseaux.

Les ordinateurs photoniques et leurs cousins à ADN ressembleront sans doute au départ à leurs ancêtres de silicium. Mais ça ne durera pas. Des sauts conceptuels vont se faire, des avancées inédites dûes à leur nature même. Un ordinateur d'aujourd'hui ne connait que le Zéro et le Un, sans nuance. Un ordinateur à ADN a quatre modalités fondées sur les quatre "lettres" de l'alphabet génomique. Quand à un ordinateur photonique, il pourra sans doute, à terme, calculer et penser en couleurs, ajoutant toutes les nuances de l'arc-en-ciel à la simple présence/absence de signal.

Qui nous racontera ces machines fabuleuses, avant qu'elles ne nous prennent au dépourvu ?

Car ceux qui n'ont pas la courte avance que donne la SF sont comme nos politiciens d'aujourd'hui, qui ne comprennent en profondeur (ou beaucoup trop tard) ni les implication des réseaux, ni celles des manipulations génétiques, et encore moins celles du clonage, thérapeutique ou non. D'autant que pour donner vraiment leur maximum, ces technologies doivent se croiser, se rapprocher, communier pour devenir le ciment de l'avenir.

De quoi sera fait demain ?

Et serons-nous encore capable de le comprendre, ce demain, quand nos enfants tenteront de nous l'expliquer ?

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par Nikolavitch

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