Mille et une crises : des origines au chaos total

Moitié exhumation d'archives, moitié remaniement, cet article, premier d'une série, revient sur le phénomène des Crises récurrentes chez DC. Aujourd'hui, comment en est-on arrivé là ?

Vingt ans après Crisis, on nous avait refait un Crisis pour mettre de l'ordre dans le bordel laissé par Crisis. Crisis qui était censé à l'époque remettre de l'ordre dans un bordel antérieur.

 

Comme la phrase ci-dessus le démontre, l'article qui suit sera sans doute incompréhensible à ceux qui n'ont pas un tout petit peu suivi le DC Universe. Mais rassurez-vous (en fait, je ne sais pas si c'est rassurant), tout ce chantier est à peine compréhensible pour ceusses qui ont tout suivi.

 

C'est marrant, j'étais passé relativement à côté de Crisis on Infinite Earths, au moment de la conflagration des univers et tout ça. Le vrai évènement chez DC, pour moi, ça avait été Watchmen. D'autant que, en tant que lecteur, je n'avais jamais eu trop à souffrir du bordel des terres parallèles.

Crisis Le grand ménage

J'avais lu pas mal de DC en mon jeune temps, principalement en Sagédition, mais pas que, et j'aimais bien, et je ne crois pas avoir gardé un quelconque souvenir des personnages de Terre 2 et tout ça. Alors que j'ai des souvenirs très vifs de divers trucs, comme Terra Man traversant un écran de cinéma, dans un Superman, ou comme Krona débarquant au travers d'une brèche de l'espace-temps, deux épisodes qui récapitulaient au passage des origines des méchants, et qui m'avaient semblés surper cools à l'époque (je devais avoir entre 8 et 12 ans) et sur lesquels j'ai toujours été incapable de remettre la main (du coup, je sens que je les écume, les réimpressions en Showcase de chez DC, et je milite pour de nouveaux Best Of chez Urban intégrant mes épisodes fétiches). Je lisais pas mal de Batman, des tonnes de Superman, du Flash et du Green Lantern de loin en loin, mais je suivais plus le matos Marvel. Je me suis remis sérieusement à DC juste après l'arrêt d'Aredit, en chopant par la suite chez les bouquinistes des trucs à côtés desquels j'étais passé, comme les Teen Titans, que j'avais carrément zappés, comme Crisis, et en commençant à lire de la VO. Ma culture DC commence vraiment après Crisis. Et ce que j'avais lu avant n'était pas trop contradictoire.

 

Du fait que je ne sois jamais trop rentré dans le délire des terres 1, 2, prime, S, etc, Crisis ne m'a jamais scotché comme ça a pu en scotcher certains. C'est une date de l'univers DC, certes, mais en ce qui me concerne, y'avait déjà de la fort bonne came avant, et après je trouve que les choses intéressantes commencent quand les auteurs reprennent en main les concepts, à partir de Man of Steel, de Year One, des Suicide Squad d'Ostrander, etc... Attention, je dis pas que Crisis c'était pourri. L'intérêt technique est évident, ça a permis aux scénaristes d'élaguer dans un univers devenu trop touffu sans se vautrer dans des problèmes de continuité insolubles (la suite a prouvé que... enfin, j'y reviens), et en plus c'était plutôt bien fait, avec de vrais moments épiques, et de vrais moments d'émotion. De toute façon, en dehors des goûts de chacun, n'importe quelle discussion un peu sérieuse traitant de personnages DC finit par évoquer les notions de Pré ou le Post Crisis.

JLI Gardner était apparu avant Crisis, mais on en a fait ce qu'il est devenu après 


Certains persos s'en tirèrent plutôt bien, avec un toilettage qui ne touchait pas trop à la continuité, Flash, par exemple : le Flash pré Crisis étant mort pendant l'évènement, le Flash post Crisis était son héritier, et la continuité de la chose restait assez solide, du coup. Les aventures du Flash du Silver Age n'étaient pas annulées, et Crisis réintroduisait le Flash du Golden Age dans la lignée : les seules aventures rétroactivement modifiées étaient celles qui mettaient en scènes les deux Flash en indiquant qu'ils vivaient dans des univers parallèles. Dans la nouvelle continuité, ils étaient ressortissants de deux villes voisines.

 

D'autres continuèrent presque comme si de rien n'était, Green Lantern en tête, qui poursuivit sa saga. Certains personnages extérieurs, propulsés par Crisis dans l'univers DC, comme The Question, furent traités de cette façon : leur passé n'était pas annulé, ils poursuivaient leurs aventures tranquillement, la mordernisation des concepts passant par des crises internes aux personnages. Dans le cas de Green Lantern, on raconta bien une nouvelle version des origines, mais les problématiques en cours dans la série empêchaient qu'on perde trop de temps à tout réintroduire. De toute façon, Green Lantern était quasiment un titre de groupe, nombreux étaient ceux qui portaient l'anneau, et ça permettait de passer des choses en douce sous le tapis, en changeant le focus de la série.

 

D'autres enfin demandèrent un travail de réécriture plus violent, comme Superman, Batman et Wonder Woman. Astuce, on reraconta les origines, dans Man of Steel, par Byrne, ou Year One, par Miller et Mazzucchelli, mais les évènements des séries régulières se situaient implicitement plusieurs années "après", laissant un flou artistique permettant éventuellement d'intégrer des épisodes pré-Crisis dans la continuité, épisodes qui restaient théoriquement valides tant qu'une nouvelle version n'était pas dispo, ce qui permit par exemple à Jeph Loeb et Tim Sale de reraconter tranquillement et sans se presser les premières années de la croisade du Batman.

 

Lex & Lois

Le glamour des années 80. Oui, c'était une autre époque

 

Mais le fait est, sur le papier, on sous entendait à l'époque que les persos du Silver Age qui avaient vécu Crisis n'étaient pas annulés, que la réécriture de leurs origines était rétroactive et dûe à Crisis, mais qu'il s'agissait fondamentalement des mêmes personnages, et donc d'une certaine manière de la même continuité. On en profitait juste pour évacuer quelques concepts considérés comme datés, comme Superboy, Krypto, les diverses couleurs de kryptonite, etc, et pour reformater un peu les méchants, Lex Luthor en tête. D'autres concepts, comme Batgirl, furent écartés, mais pas annulés. On profita que Barbara Gordon s'était pris une balle pour la pousser dans une direction nouvelle, sans toucher à son passé. (N'ayant pas trop suivi ce qui fut fait par Perez sur Wonder Woman, je ne m'étendrai pas dessus, mais il me semble que ça allait un peu plus loin.)

 

Là où ça a commencé à se gâter sérieusement, c'est avec Hawkman. Le Hawkworld de Tim Truman était censé au départ faire une réinterprétation des origines du perso exactement sur le même modèle que Year One ou Man of Steel, sans totalement effacer la version précédente. Sauf que les editors ont demandé aux auteurs de faire une suite directe, racontant la première arrivée du perso sur Terre, mais qui soit inscrite dans la continuité DC du moment. En termes de continuité, ça annulait pour de bon le Hawkman pré Crisis, trop différend de la nouvelle mouture, et ne pouvant plus passer pour un stade intermédiaire de la vie du personnage, entre ses origines et la période post-Crisis (vous suivez ?) Or, cette vieille version avait encore fait quelques apparitions après Crisis, avant que le sort de la nouvelle ne soit totalement décidé par les editors. Et là, ce flottement contamina le reste.

 

Hawkman

 Celui par qui le bordel est arrivé

On en vint à faire comme si la version Man of Steel de Superman avait "eu lieu" en post-Crisis, alors que la façon dont était construit le tout donnait à penser que les évènements rapportés dans ces histoires avaient eu lieu chronologiquement "avant" les évènements de Crisis (vous suivez toujours ? même moi je ne suis plus sûr de suivre ce que je raconte, alors vous m'expliquerez). Du coup, les méchants de Superman étaient systématiquement réintroduits "comme si c'était la première fois". Il ne s'agissait plus de toiletter le concept, mais de les recréer d'un bout à l'autre. Un nouveau Terra Man, un nouveau Mongul, etc...

 

Et une nouvelle Supergirl, avec un nouveau concept pour le personnage. Et là, gros problème : du coup, la Supergirl qui mourait dans Crisis n'avait clairement jamais existé. Alors que Barry Allen, le Flash du Silver Age, même mort, était encore intégré à la continuité. La continuité de la Legion of Super Heroes n'était pas annulée (située dans le futur, elle n'était pas trop touchée par la remise à jour de Superman ou de Mongul), mais tout ce qui y concernait Supergirl et Superboy devait être rétroactivement réinterprété, au prix de patches fumeux dans tous les sens. Sauf que Superboy, concept éliminé par Man of Steel, avait été réintroduit, dans une nouvelle version. Et ainsi de suite. Power Girl fut désignée volontaire pour remplacer par défaut Supergirl chaque fois qu'on se poserait la question. On bricola avec les daxamites pour Superboy, mais ça sentait le rétropédalage pataud.

 

À l'inverse, les personnages de la JSA, issus du Golden Age, donc d'une réalité parallèle en termes pré Crisis, devenaient partie intégrante du passé des personnages du Silver Age réécrits en post-Crisis. Dans certains cas (Starman) ce fut magnifiquement géré, ces personnages représentant une génération précédente laissant la place aux suivantes. Dans d'autres (Sandman), ce fut intégré à une construction logique qui les englobait, tout en les rattachant à un concept qui les dépassait, en évitant de trancher dans les problématiques de continuité. Et dans d'autres (Green Lantern), ça impliqua des bidouilles dans tous les sens, tant les concepts des version Golden Age et Silver Age étaient fondés sur des bases différentes. Et certains personnages, comme Jade, étant liés au Green Lantern Golden Age, impossible de passer le truc sous silence.

 

Forcément, ça commença à craquer de partout : les aventures du Superman du Silver Age étaient considérées comme annulées, mais pas celles du Green Lantern du Silver Age, qui avait fait équipe avec lui à plusieurs reprises. À l'occasion de la "Mort" de Superman, on en profita pour se débarrasser de Hal Jordan, le Green Lantern en question, mais il était trop tard, pour zapper le problème, il eut fallu que Jordan soit écarté au moment de Crisis, pas plusieurs années après. Qui plus est, un courant nostalgique cherchait à le ramener sur le devant de la scène. Idée géniale d'un quelconque editor : Jordan devenu fou allait réécrire lui-même la continuité du DC post-Crisis. Sauf que le résultat, Zero Hour, ne règla rien et était aux limites de l'illisible. On finit par tuer Jordan, par en faire le nouveau Spectre (une idée très intéressante en soi), mais certains réclammaient son retour à cor et à cri. Et une pastille de continuité permit de le réinstituer comme Green Lantern. (entretemps, le concept d'Hypertime avait tenté de replâtrer la continuité par petits bouts, en considérant les variantes comme des flottements de réalité, des convulsions de l'univers).

 

Le retour de Jordan en Lantern n'est pas un accident, une nouvelle génération de scénaristes, pris d'une frénésie de nostalgie, ont démontré une volonté nette de réinjecter plein de concepts pré-Crisis. La Supergirl cousine de Superman, Krypto le chien, Luthor en fou furieux la bave aux lèvres. Tout en s'éloignant à grands pas du ton naïf des années 60's et 70's, avec une narration de plus en plus complaisante avec la violence et l'horreur. Le summum est atteint avec Identity Crisis, thriller super-héroïque qui range un paquet de personnages rigolos en leur faisant subir des trucs dégueulasses. L'heure est aux psychopathes et les coutures de l'univers DC ont craqué de partout. En 2005, un vrai Crisis , cosmique et de grande ampleur est donc dans les cartons pour tout remettre d'équerre…

 

A suivre…

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par Nikolavitch

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