Nikolavitch cause dans le poste : Mythes d'aujourd'hui et d'ailleurs

Alex Nikolavitch se penche aujourd'hui sur le processus de mysthification des héros

 

Mythes d'aujourd'hui et d'ailleurs

 

En reprenant des notes concernant l'historicité ou pas de certains héros populaires (comme par exemple le Roi Arthur ou d'Artagnan, qui ont réellement existé sans correspondre à l'image qu'on se fait d'eux à présent, ou Lagardère qui pour sa part est un personnage de pure fiction même s'il s'insérait dans un contexte historique très précis), je me suis avisé de quelque chose. En fait, ça m'a frappé assez brutalement.

Un mousquetaire, normalement, ça ressemble à ça, méfiez-vous des imitations.


Je crois que le processus de mythification de Tarzan est complètement achevé, tout comme celui de Zorro.

Ce que je veux dire par là, c'est que plus personne ou presque ne lit les romans source où sont apparus ces personnages, romans publiés il y a à peu près un siècle. Ces personnages n'ont été généralement rencontrés par nos contemporains que sous des formes dérivées (séries, bds ou films) voire purement iconisées, déconnectés de tout contexte narratif précis. Ils sont parfaitement reconnaissables à quelques éléments signifiants (masque et chapeau noirs pour Zorro, slip léopard et lianes pour Tarzan) et la narration tout autour est devenue aussi secondaire que fluide, donnant lieu à des version contradictoires consistant généralement en des relectures de versions précédentes, sans forcément qu'il y ait référence à l'original. Le « matériau source » le plus courant en ce qui concerne Zorro, ce sont actuellement, et depuis déjà quelques dizaines d'années, les rediffusions de la série télévisée produite par Disney, avec Guy Williams.

Des processus semblables (avec d'autres types de médias disponibles à l'époque) semblent avoir eu lieu autour d'Arthur et de Robin des Bois. Les « branches » du Roman de Renart et les historiettes de Nas'r Eddin le Hodja (un personnage folklorique et malin dont les fables goguenardes font partie du fond culturel du Proche Orient depuis les invasions turques) se sont probablement développées d'une façon similaire. En ce qui concerne Arthur, le matériau source originel est perdu depuis très longtemps, et chaque réinterprétation est bâtie sur des matériaux de troisième, quatrième ou (insérez ici un chiffre au hasard)ème main. À une vache près, hein, c'est pas une science exacte.

 

Et le vrai Arthur était probablement vêtu de peaux de bêtes et de restes d'uniformes romains.

 

Sur d'Artagnan, par contre, on dispose d'à peu près tous les éléments pour reconstruire le processus : histoire réelle d'un mousquetaire du roi, puis ses mémoires bidonnées, réutilisées deux siècles plus tard par un auteur de romans d'aventure, puis les continuateurs du romancier (avec des Cyrano contre d'Artagnan, par exemple) puis la foultitude d'adaptations au théâtre, au ciné, ou en BD et dessin animé à l'infidélité croissante : de nos jours, les gamins connaissent parfois d'Artagnan grâce aux films, mais ignorent que le personnage a existé et ignorent qui était Alexandre Dumas.

 

Mais il est intéressant de voir que les incarnations cinématographiques elles-mêmes s'éloignent de plus en plus du canon initial posé par Dumas, qui n'est plus qu'un cadre général dans lequel s'agitent des personnages réduits à leur stéréotype : la version des années 90, avec un génial Tim Curry en Cardinal de Richelieu aux motivations pourtant proprement absurdes, ou le plus récent blockbuster de Paul W.S. Anderson avec Orlando Bloom, qui n'a plus rien à foutre d'une quelconque reconstitution historique et nous balance des dirigeables et des mousquetaires ninjas. Inutile de dire que c'est parfaitement génial dans sa nimportequoilitude. Et c'est l'indice que le processus de mythification des Mousquetaires est bien avancé. Et le cinéma n'en est pas le seul vecteur : on se souvient aussi de cette page fameuse du History of the DC Universe de Marv Wolfman nous expliquant que c'est au plus fort des Croisades que les Mousquetaires se réunirent pour abattre le maléfique Cardinal. On peut aussi s'amuser de la réinvention asgardienne à laquelle se livrent Stan Lee et Jack Kirby dans les pages de Thor, nous inventant des clones nordiques d'Athos, Porthos et Aramis : la réduction des personnages à leurs archétypes est un signe qui ne trompe guère.

 

Marv Wolfman, le sens de la Grande Histoire. 

 

Notons au passage que ce processus de mythification peut devenir lui-même un sujet d'histoires. Il est au cœur du Star Wars sorti récemment ou du Dark Knight de Frank Miller, et l'auteur Thomas Monteleone en a fait le ressort d'un chapitre de son roman La ville au bord du temps (1977), quand, retrouvant dans les profondeurs de la cité des panoplies de Batman et Robin façon Adam West et Burt Ward, les habitants les identifient comme des héros d'un lointain passé et en font les porte-étendards d'une révolution. Dans Star Wars, ce processus est même au cœur du délire de Kylo Ren, qui s'identifie à une version mythique et inaccessible de Dark Vador, sans se rendre compte qu'avant d'enfiler le masque, Anakin Skywalker n'était qu'un ado révolté comme lui : ce décalage finit par le rendre fou.

Mais cette mythification est par ailleurs un processus alchimique : pour parvenir à la forme la plus achevée, la plus mythique, la plus achevée et la plus archétypale d'un personnage, il faut d'abord passer par une phase de dégradation, de décomposition de ses traits spécifiques, pour n'en garder que l'aspect iconique pur et la ligne de force principale. Exit donc la noirceur qui grandit au fil des pages des Trois Mousquetaires et de ses suites, pour culminer avec la mort épique de Porthos. Exit les doutes et l'insécurité foncière de d'Artagnan. Et la biographie réelle de celui qui s'appelait à la base Charles de Batz de Castelmore est depuis longtemps passée par pertes et profits. D'ailleurs, la statue érigée à Maastricht non loin de l'endroit où il se prit la fatale balle de mousquet représente le d'Artagnan des romans, pas celui de la réalité, et n'existe que parce que le personnage est devenu littéraire avant tout : Sans les romans, nul n'aurait eut l'idée de le statufier. Et ce décalage va tellement loin, d'ailleurs qu'il a fallu que je vérifie : j'ai cru pendant longtemps qu'il avait été fauché par un boulet de canon, le d'Artagnan, et c'est la faute non pas à Voltaire et à Rousseau, mais à Dumas. C'est bien de ça qu'il est question quand on parle de réduction à l'archétype.

Sur les Mousquetaires, c'est un processus en cours, donc. Et en voie d'achèvement.

 

Mais où en sont d'autres personnages plus récents ? Si on peut considérer le processus comme achevé pour Tarzan et Zorro, datant d'il y a peu ou prou un siècle, qu'en est-il de personnages juste un peu plus récents, comme les héros des pulps (au premier rang desquels Conan le barbare) et surtout de comics qui les ont suivi quelques années après, à partir de la fin des années 30 ?

 

Même griffonné, on reconnaît Conan. Faut dire que même sur un coin de table et une serviette en papier, Big John assure.

 

Superman et Batman, par exemple, ont connu tellement d'incarnations successives et dans des médias tellement divers qu'ils n'ont plus de base iconique fixe et que chacun s'en fait une image reposant sur une combinaison d'éléments stéréotypés dont la représentation peut par contre varier du tout au tout : le Batman joué par Adam West dans la série télévisée des années soixante n'a pas grand-chose à voir avec celui incarné par Christian Bale dans la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan, mais il s'agit pourtant d'un même personnage dont les éléments caractéristiques sont présents dans les deux cas. Seul leur traitement diffère. Et souvent (comme dans le récent Batdufront v. Supermarave), le personnage devient un costume, un trait de caractère et un élément biographique. Bruce Wayne n'y est réduit qu'à un costume de chauve-souris, une violence vindicative et une scène traumatique fondamentale.

 

« Quatre nems et riz cantonais pour deux ? Dès que mon livreur a fini en cuisine, il arrive. »

 

Mais ces personnages et leur apparence variable, néanmoins contenue dans une norme, restent détenus sous forme de marques déposées par les sociétés qui les exploitent. Cela empêche l'appropriation pure et simple par des auteurs indépendants susceptible de leur appliquer un parti-pris fort. Du coup, les personnages se retrouvent dans un entre-deux, dans une situation où le contrôle sur eux demeure fort (mais montre des signes évidents du processus de mythification) mais où leur dispersion et leur appropriation par des intervenants extérieurs est marginalisée, ce qui empêche bien évidemment le processus d'aller tout à fait à son terme. Même Tarzan et Zorro font l'objet de marques déposées.

Curieusement, les lois sur le copyright permettent aux dessins animés de Popeye et de Superman des années 30 et 40 de tomber dans le domaine public, mais pas les personnages eux-mêmes. Et je ne sais pas trop comment situer, sur le plan du droit de la propriété intellectuelle, le célèbre crossover Derrick contre Superman (si vous l'avez pas vu, il doit encore être dispo sur Youtube).

 

 Variabilité dans un cadre imposé : Le cas Superman.

 

Les affaires Snowden, les censures Facebook Apple et autres et la mainmise du Capital sur les médias et moyens de communication démontrent que nous sommes entrés dans une ère de sociétés de contrôle, dans lesquelles l'expression elle-même est contrainte. Quel est donc l'avenir d'un processus de mythification à l'ère de la marque déposée et du copyright, quand un tel processus est basé sur la réinterprétation libre et la transmission naturelle des idées et des archétypes ? Quelles cultures souterraines peuvent-elles naître et se développer dans ces conditions ? De tels processus peuvent-ils encore suivre leur cours jusqu'à leur conclusion ?

La question est ouverte.

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par Nikolavitch

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Alex NIKOLAVITCH

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38 commentaires

Avatar de zwanzejojo

Je n'arrive pas à retrouver les articles de Jérome Wicky sur la licence Robotech et la généalogie de GI Joe. Quelqu'un peut t-il m'aider ?
En vous remerciant d'avance.


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Stephen King ‏@StephenKing 7 sept.
Darrell in THE WALKING DEAD and Vasily Fet in THE STRAIN: The two coolest monster fighters on TV.

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Avatar de Nikolavitch

merci pour les compliments, et en effet on se retrouve dans la configuration Flash Gordon/Star Wars, mais aussi Charlton/Watchmen, Dune/Incal-MétaBaron ou Judge Dredd/Robocop, un blocage de l'original qui conduit à produire une œuvre différente qui s'affranchit des contraintes du modèle.

Avatar de Lord-of-babylon

Blackiruah a écrit:Nikolavitch cause dans le poste : Mythes d'aujourd'hui et d'ailleurs

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« Quatre nems et riz cantonais pour deux ? Dès que mon livreur a fini en cuisine, il arrive. »



Je veux pas faire mon fanboy mais quand même, je tiens à dire que j'adore cet article et je le ressort et le conseille beaucoup.

Étant en discussion sur certain aspect du blockbuster actuel, je l'ai proposé en lien et un petit truc m'a frappé.

Mais ces personnages et leur apparence variable, néanmoins contenue dans une norme, restent détenus sous forme de marques déposées par les sociétés qui les exploitent. Cela empêche l'appropriation pure et simple par des auteurs indépendants susceptible de leur appliquer un parti-pris fort.


Et là je pense à la fameuse anecdote de la genèse de Star Wars qui veut que Lucas a d'abord tenté d'acheter les droits de Flash Gordon pour l'adapter au cinéma et que ne les ayant pas eu il décida de raconter l'histoire d'un jeune fermier pilote de speeder.

Avatar de artemus dada

Nikolavitch a écrit:[..] je me dis, ouais, c'est pas mal !


Je trouve aussi.

Avatar de Nikolavitch

ah, j'étais dubitatif sur ta formulation, mais d'un coup, une fois expliquée (le coup des étoiles mortes est très parlant), je me dis, ouais, c'est pas mal !

Avatar de artemus dada

artemus dada a écrit:
Nikolavitch a écrit:[...] Il nous manque clairement un mot précis pour désigner le phénomène, qui est visiblement au croisement de tout ça : l'introduction de nouvelles formes (ou variations de formes) archétypales dans la conscience collective. c'est le genre de processus qui m'ont toujours passionné, en tout cas.
[..]


Je propose de parler de "fantôme sémiotique" ?! :wink:


Il semblerait que ce phénomène n'intéresse que moi, :wink: bref je poursuis sur ma lancée :

Les fantômes sémiotiques sont si je puis dire, l'équivalent pour les personnages de fiction (mais aussi pour certains décors, voire certaines situations dans des cas extrêmes) de ces étoiles anciennes dont la lumière nous arrive alors que l'étoile qui l'émet a disparu depuis longtemps.

Ces fantômes sémiotiques (sorte de rayonnement fossile des plus puissants personnages inventés depuis "l'aube des temps" ) peuplent notre imaginaire individuel (un univers de poche subjectif) au sein d'un imaginaire collectif (partagé).

Entendu que chacun de ces univers, de ces imaginaires est un multivers (Pour en savoir +).

Merci de votre attention. :)

Avatar de Blackiruah

Mouahah les dossiers XD

Avatar de Tori

Grâce à cet article, j'ai réalisé qu'il y avait un autre taoïste, dans le monde de Tintin :
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Nikolavitch a écrit:Car plus il est sérieux, moins le taoïste cherche à en avoir l'air. Il peut sembler dissipé, s'habille éventuellement comme un clochard, et ne recherche pas les honneurs. De préférence, il a l'air à l'Ouest, tout se recoupe.


En plus, c'est un maître en arts martiaux :
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Sans oublier sa surdité qui le coupe du monde extérieur, un peu comme un ermite.

Tori.

Avatar de Nikolavitch

oh mon Dieu, le chat-bite fighting avec Munaro. C'était à Cluny. Des vidéos qui semblent jaillir d'outre tombe, oh oui, d'outre tombe.

Avatar de soyouz

Je ne me souviens plus où ça se déroulait ! Une sombre ville d'Europe de l'est ?
(c'est pas K'un Lun ça !)

Avatar de Le Doc

Et là, je viens de voir la vidéo (je ne connaissais pas du tout). Il y a des choses qui ne devraient pas rester enterrées dans les profondeurs de YouTube.
Merci Photonik...maintenant je poste les deux autres épisodes (avec Jim en invité)... :mrgreen:

Player Sanctuary


http://www.youtube.com/watch?v=Qe0dz-wAX2k

Player Sanctuary


http://www.youtube.com/watch?v=a7tM77mjUPU

Avatar de soyouz

N’empêche que c’est toujours très drôle à revoir !
J'avais oublié !

Avatar de Le Doc

Ouais, même les admins n'arrivent pas à expliquer ce problème. Mais au moins, il ne touche pas tous ceux qui visitent le site et le forum, c'est déjà ça...

Avatar de Photonik

Ah ok, je ne savais pas.

Avatar de Le Doc

C'est un problème récurrent : depuis quelques mois, certains forumers ne peuvent plus voir les vidéos (Error 2035). C'est pour cela que je rajoute maintenant le lien YouTube sous la vidéo. Je viens d'ailleurs de le faire pour celle postée par Photonik...

Avatar de Photonik

"Error" ? Mais ça marche très bien chez moi...

Avatar de soyouz

C'est chiant ce "Error #2035" !!!

Avatar de Photonik

Jugeons sur pièces :

Player Sanctuary



http://www.youtube.com/watch?v=aoL1Ladq2TM

Avatar de soyouz

ça ressemble surtout à du kung fou !

Avatar de Blackiruah

Nikolavitch a écrit:vous l'aurez compris, cet article est conçu pour que les gens me répondent "noooon" si un jour j'annonce que j'arrête de boire.


Apparemment tu fais du kung fu quand tu bois donc bon... Ca doit être marrant non ?

Avatar de Nikolavitch

vous l'aurez compris, cet article est conçu pour que les gens me répondent "noooon" si un jour j'annonce que j'arrête de boire.

Avatar de Blackiruah
Avatar de artemus dada

Nikolavitch a écrit:[...] Il nous manque clairement un mot précis pour désigner le phénomène, qui est visiblement au croisement de tout ça : l'introduction de nouvelles formes (ou variations de formes) archétypales dans la conscience collective. c'est le genre de processus qui m'ont toujours passionné, en tout cas.
[..]


Je propose de parler de "fantôme sémiotique" ?! :wink:

Avatar de n.nemo

ça me turlupine. Et pourquoi pas parler d'alphabétisation du personnage lorsqu'il devient une petite lettre de l'alphabet de la culture populaire ?

une lettrisation ?

Avatar de Tori

Vik a écrit:
pour parvenir à la forme la plus achevée, la plus mythique, la plus achevée et la plus archétypale d'un personnage,

C'est pour être sûr? :mrgreen:

Sinon j'ai rien d'autre à dire...

J'avais relevé la même phrase (que j'ai lue trois fois, pour être sûr, moi aussi)...

Je m'étonne qu'on ne parle pas dans cet article de Sherlock Holmes ou d'Alice au Pays des Merveilles.


Tori.

Avatar de Vik

pour parvenir à la forme la plus achevée, la plus mythique, la plus achevée et la plus archétypale d'un personnage,

C'est pour être sûr? :mrgreen:

Sinon j'ai rien d'autre à dire...

Avatar de n.nemo

l'expression de Lacan correspondrait bien : élévation au rang de signifiant.

Il y a quelques rapports fixe à d'autre signifiants mais le signifié peut varier autant qu'il veut.

Avatar de Jack!

Nikolavitch a écrit:mythification, réification, iconisation, massification : on tourne tous autour du truc comme des clébards qui le reniflent sans trop savoir si ça se mange ou pas.

Ne cherches pas d'excuse mon gars, tu t'es foiré. Tu me reprends tout ça et fissa je te pris.

Sinon, où se situe Dragon Ball Z, la fable du dieu singe et les chevaliers teutoniques dans tout ceci ?










Pourquoi tu pointes la porte ?

Avatar de soyouz

Faudrait-il un Da Lavitch Code pour comprendre ce processus ?

Avatar de Nikolavitch

mythification, réification, iconisation, massification : on tourne tous autour du truc comme des clébards qui le reniflent sans trop savoir si ça se mange ou pas. Il nous manque clairement un mot précis pour désigner le phénomène, qui est visiblement au croisement de tout ça : l'introduction de nouvelles formes (ou variations de formes) archétypales dans la conscience collective. c'est le genre de processus qui m'ont toujours passionné, en tout cas.


(réification, on le trouve chez Barthes, notamment, qui l'applique aux "surhommes de la science-fiction", j'en avais parlé dans un article précédent, je crois)

Avatar de artemus dada

Il me semble que les exemples cités par Niko tendent plutôt vers une sorte de "massification" (à l'époque de leur reproductibilité technique/culture de masse) plutôt que de "mythification" des personnages (?).

Avatar de ginevra

Superbe "causerie"!
Je ne pouvais pas passer à côté car les mythes et légendes me passionnent depuis très longtemps.

Le terme "iconisation" s'est depuis déjà bien longtemps éloigné du domaine religieux. Mais, à ma connaissance, il a plus été utilisé pour des personnes vivantes ou ayant existé que pour des personnages fictifs.

Le terme "réification" me perturbe un tantinet car, si je me rappelle bien de mes quelques années de latin, cela revient à faire d'un concept ou d'une personne une "chose" (res). Or, pour moi, cela revient à figer ce que l'on a transformé, à le statufier.

Il y a un autre personnage réel que le public s'est approprié via la fiction : Cyrano de Bergerac. Le guerrier de Rostand a supplanté dans les esprits l'homme réel.

Avatar de Nikolavitch

réification, c'est encore autre chose, me semble-t-il, ça s'accompagne d'une purge des éléments qui font d'un personnage un personnage, justement, qui le réduisent à un truc carrément abstrait, alors que justement, il me semble que ce n'est pas le cas dans ceux dont je parle : il leur reste un ressort intérieur qui justement les rends grands.

ou alors je projette, c'est possible aussi.

Avatar de n.nemo

Il me semble en tout cas. "iconisation" est pas mal mais très connoté religieux. Là comme ça je trouve pas de terme. Y a peut être celui de réification qu'on employait dans les années 70 mais ça parle moins.

En tout cas je souscris à ton inquiétude. Je trouve déplorable que les editeurs aient trouvé dans la legislation de quoi contourner l'arrivée dans le domaine publique de certains perso.

A l'inverse du droit américain, si l'exemple de popeye en donne une juste idée, il me semble qu'on devrait arriver en droit français à une situation où par exemple tout le monde aurait le droit de faire des bd de tintin mais seul les ayants droits pourraient continuer de publier les bd originelles. Je dois simplifier à outrance mais je crois que c'est quand même l'idée générale.

Et je trouverais cela très bien si c’était appliqué. Précisément pour permettre ce travail de réinvention, de malaxage de figures iconiques.

Je me souviens d'un dessin de bilal sur tintin. Voilà une version de tintin que je voudrais lire.

Avatar de Nikolavitch

n.nemo a écrit:c'est très sympa comme reflexion, mais il faut un autre terme que mythification, parce qu'un mythe ce n'est pas la réduction d'une histoire complexe à des signes iconiques.


je dis "mythification" au sens "réduction à une figure mythique", je parle des personnages, pas de leur histoire. j'emploie le mot au sens de "stade terminal de l'iconisation", si tu veux.

mais c'est peut-être confusionnant, en effet.

Avatar de n.nemo

c'est très sympa comme reflexion, mais il faut un autre terme que mythification, parce qu'un mythe ce n'est pas la réduction d'une histoire complexe à des signes iconiques.

Avatar de artemus dada

Intéressant, comme d'hab'.


Quelles cultures souterraines peuvent-elles naître et se développer dans ces conditions ?


La fanfiction (Pour en savoir +) !?!

Avatar de Blackiruah