WATCHMEN : GARANTI SANS BAVURE POLICIÈRE

 .... Beaucoup de choses ont déjà été dites sur la maxi-série Watchmen de Moore & Gibbons, j'ai pour ma part proposé une théorie à propos de la couleur du Dr Manhattan (Pour en savoir +), et le sujet semble inépuisable.
Et pour cause.

Les deux plus grands détectives de l'univers DC s'unissent pour enquêter sur le mystérieux smiley ensanglanté trouvé dans l'une des parois de la Batcave.

Cette fois-ci, manière de faire écho à The Button, c'est sous l'angle du roman policier que j'ai décidé d’envisager le magnum opus du magicien de Northampton et de son acolyte.

…. En effet, Watchmen coche - selon moi - toutes les cases d’un avatar du polar, ce qu'on appelle communément le « roman policier métaphysique », dont voici une définition (qui n'est pas la seule à laquelle je me réfère mais est qui assez explicative) par Patricia Merivale & Elizabeth Sweeney :

Un récit policier métaphysique est un texte qui parodie ou détourne de manière subversive les codes du récit policier traditionnel – tels que la clôture narrative ou le rôle du détective en tant que lecteur de substitution – en vue ou du moins avec pour effet, d’interroger les mystères de l’être et de la connaissance au-delà du simple artifice de l’intrigue policière. Les récits policiers métaphysiques mettent d’ailleurs volontiers en avant cette transcendance du questionnement par le biais de l’auto-réflexivité, c’est-à-dire via l’utilisation de stratégies de représentation qui, de manière allégorique, soulignent les procédés de composition du texte.
Traduction d’Antoine Dechêne & Michel Delville

La preuve par l'exemple (du moins quelques exemples parmi d'autres) :

Rorschach est un pastiche du privé hard-boiled dans le sillage d'un Race Williams et de ses successeurs. Du reste, les Gardiens sont des avatars des personnages de l’écurie Charlton Comics qui venait d’être rachetée par DC Comics :

L’enquête est un whodunit (kilafé) qui débouche sur un autre dessein.
Autrement dit en paraphrasant William V. Spanos ; Moore suscite « un élan investigateur [..] pour ensuite violemment le mettre à mal en renonçant à l’élucidation du crime » alors que les enquêteurs se trouvent confrontés aux mystères insolubles de leur identité propre. Et à une autre énigme.
Ici, même si on connaît le criminel, cela n’est d’aucun secours.

L’aspect ontologique de Watchmen est patent, même si pour le coup les questions sont surtout relatives au genre « super-héroïque » (mais pas seulement)

L'arrière-plan répond à la question du Hibou : The End, le pale horse, avec au centre de la toile Ozymandias lui-même

Watchmen est un récit méta-réflexif et auto-réflexif où l'utilisation de stratégies de représentation souligne de manière allégorique les procédés de composition du texte.

Vaste champ référentiel : citations en exergue, présence plus ou moins implicite de William S. Burroughs, H.P Lovecraft, Thomas Pynchon, William Blake, etc. (liste non exhaustive)

La BD dans la BD, mais aussi la référence à Burroughs (voir ci-dessous)

W. S. Burroughs

Avec par exemple, une transposition assez fine du « réseau Tristero » (du roman Vente à la criée du lot 49) qui est le système de communication utilisé dans le roman de Thomas Pynchon par des marginaux au travers des graffitis, d'inscriptions sur des fenêtres embuées, ou sur les trottoirs (voir infra & supra)

L'extraterrestre annonce celui d'Ozymandias

Absence de clôture narrative + circularité et mise en abyme :

.... Etc.......

.... Bref, je me demande comment les scénaristes Tom King et Joshua Williamson en charge de The Button vont jouer leur partition dans cette nouvelle enquête ?
Et surtout, s'ils vont oser être aussi métacognitif que l'a été Alan Moore en son temps ?

En tout cas, quoiqu'ils fassent il y a peu de chance que The Button exerce une « incidence rétroactive » sur Watchmen, laquelle selon John Gruesser, encourage à revisiter des œuvres antérieures selon des angles nouveaux.

Mais je ne demande qu'à être surpris. [-_ô]

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par artemus dada

Site/blog perso : http://artemusdada.blogspot.com/

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14 commentaires

Avatar de KabFC

Hush a écrit: je dis oui des deux mains!!!

et tu fais ça comment par curiosité ?

Avatar de Hush

Déja sur DC, il était costaud. Même sur la série "Batman" avec Finch, il assurait bien et assumiant son "Finchlike" pour ensuite prendre DC et exploser avec "Darkseid War" où son sens du détail est monstrueux (son Mister Miracle est un délice....).

Même sur JLvsSS, son épisode est très propre.

Et contrairement, je trouve ses deux covers avec les designs pre-New 52 par forcément top. Maintenant, une JSA par lui, je dis oui des deux mains!!!

Avatar de zephon

j'apprécie de plus en plus ce fabok alors que sur batman je n'étais pas très fan

Avatar de BenWawe

Oh, yes !

Avatar de Le Doc
Avatar de Le Doc

Tom King (sur twitter) a écrit:"None of you understand. I'm not locked up in here with you. You're locked up in here with me."

Coming in Batman 21. Art by Jason Fabok.


Image

Avatar de Le Doc

La couverture régulière (sans effet "lenticulaire") de The Flash #21 par Jason Fabok :

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Avatar de Jack!

artemus dada a écrit:Ben si, tu as bien compris si on en croit Wikipedia, le smiley appartient à un français. Qui a une société.
Non ?

Je pensais que Johnson parlait spécifiquement du smiley de Watchmen (avec la goute de sang).

Avatar de artemus dada

Jack! a écrit:D'accords. J'avais mal compris ce que racontait Johnson. Merci.


Ben si, tu as bien compris si on en croit Wikipedia, le smiley appartient à un français. Qui a une société.
Non ?

Avatar de Jack!

D'accords. J'avais mal compris ce que racontait Johnson. Merci.

Avatar de artemus dada

Jack! a écrit:[..]

Quelqu'un en sait-il davantage sur ce sujet ?

[..]


Pas plus que ce qu'en dit Wikipedia (Pour en savoir +)

Harvey Ball crée le symbole du smiley en 1963 pour une compagnie d'assurances, la « State Mutual Life Assurance of Worcester » (aujourd'hui la Hanover Insurance)1, qui lui avait demandé quelque chose qui pourrait redonner le moral à ses employés.

La compagnie imprime le symbole sur des badges, cartes de visites et posters qui sont distribués aux employés et aux clients de l'entreprise. Ball n'aurait perçu que 45 dollars pour cette création, et n'en aurait tiré aucun bénéfice financier lorsque ce logo se diffusa massivement sur divers supports, omettant même d'en déposer le copyright.

C'est un français, Franklin Loufrani, qui déposa ce smiley à l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) et créa en Grande-Bretagne une société baptisée « Smiley World ». Il déposa l'effigie dans une centaine de pays et fit ainsi fortune[réf. nécessaire], franchise aujourd'hui géré par son fils, Nicolas Loufrani.

Avatar de Jack!

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Tiens, en reprenant les explications du dessinateurs Jason Fabok quant à la réalisation de la couverture dite "lenticulaire" (on y aperçoit notamment les croquis d'un certain Jim Lee, voir ci-dessous), le chroniqueur Rich Johnson, de bleedingcool, affirme que la marque du smiley appartient à une compagnie française.

Quelqu'un en sait-il davantage sur ce sujet ?

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Source : www.bleedingcool.com

Avatar de BenWawe

De toute façon, ça ne servira sûrement que de tremplin à l'histoire de Johns.
The Button sert à conserver le suspense et à ne pas laisser l'idée disparaître d'elle-même.

Avatar de Blackiruah

Eh beh t'en attends beaucoup ma foi, à mon avis ça ne sera qu'un pauvre polar le plus basique possible. A la rigueur il peut lorgner un peu sur "le roman policier métaphysique" mais je ne vois rien de sorcier...