• Critique La Planète des Singes T.1 par

    Dans les années 70, Marvel Comics a publié sous différentes bannières (Curtis Magazines, Magazine Management, Marvel Magazine Group) une collection de bandes dessinées en N&B et en grand format. C'était le deuxième essai de la Maison des Idées sur ce marché dominé par Warren Publishing.  De nombreux titres sont sortis pendant 10 ans, mais un seul a eu les bras assez larges pour résister à la vague d'annulations de la fin de cette période et il s'agit bien sûr de Savage Sword of Conan qui a duré jusqu'au 235ème numéro en 1995.

    Le format magazine a permis à Marvel Comics de s'affranchir des limites du Comics Code Authority tout en explorant plusieurs genres (aventures, héroïc-fantasy, science-fiction, horreur...sans oublier les super-héros qui y avaient également leur place). Les sommaires étaient composées de bandes dessinées à la pagination diverse (et parmi lesquelles on trouve quelques unes des plus belles pages du Marvel des seventies), d'articles, de critiques, d'interviews sur l'actualité du moment ou sur l'univers du titre en question, comme c'était le cas pour La Planète des Singes.

    La publication du magazine de La Planète des Singes a débuté un an après la sortie du dernier long métrage de la pentalogie, La Bataille de la Planète des Singes de Jack Lee Thompson. Comme le souligne la préface, cette série a permis aux fans des films de se replonger dans leur ambiance à une époque où il fallait attendre des ressorties au cinéma pour pouvoir les revoir (en attendant une courte série télévisée, que je n'ai pour ma part jamais vue, à la fin de l'année 1974). Marvel allait ensuite se spécialiser en quelque sorte dans les comics inspirés d'oeuvres cinématographiques et télévisuelles, comme Star Wars, Star Trek, Galactica ou encore Indiana Jones.

    Dans les pages de La Planète des Singes, il y avait donc des adaptations des films, mais aussi des histoires à suivre inédites comme Terreur sur la Planète des Singes, une longue saga initiée par Gerry Conway et scénarisée par Doug Moench, avec Mike Ploog, Tom Sutton et Herb Trimpe aux dessins. Terreur... avait été publié en partie en version française par Lug dans la revue éponyme en 1977 et 1978. Panini a profité de la récente réédition de ces épisodes par Boom! Studios pour nous en proposer une nouvelle traduction, avec les chapitres restés inédits. Avant de passer à la transposition papier des films dans le tome 2, ce premier volume compile donc les 15 épisodes de Terreur sur la Planète des Singes, dont la parution initiale fut assez irrégulière (entre le #1 et le #28 du magazine).

    L'histoire peut être vue comme un "sixième film". Le seul repère chronologique est celui donné sur la quatrième de couverture et la situation renvoie au final pessimiste de La Bataille de la Planète des Singes. L'entente entre les humains et les singes est fragile et un gorille nommé Brutus va mettre le feu aux poudres. Alors qu'il officie comme "ministre de la paix", il est en fait le leader d'un groupe de singes suprémacistes qui ne reculera devant rien pour éradiquer les humains. Il propage notamment la haine par des attaques menées à la fois contre les humains et contre les singes qu'il accuse de sympathiser avec la "race inférieure". Les protagonistes principaux de Terreur... sont Jason, un homme, et Alexander, un chimpanzé, dont on devine qu'ils sont amis depuis longtemps. Une amitié qui va être éprouvée par la mort des parents de Jason, massacrés par les soldats de Brutus.

    Jason va devenir de plus en plus colérique, revêche, et dans sa quête de vengeance, il va être accusé à tort de la mort de la femme de Brutus. Avec l'aide d'Alexander, toujours fidèle à son ami même si le sentiment anti-singes de celui-ci va grandissant (ce qui ne facilite pas leurs relations), Jason se lance à la recherche du Donneur de Lois ("Lawgiver" en V.O.), la seule personne capable de faire revenir le calme dans la Cité...

    La caractérisation est très intéressante. J'aime le fait que le héros ne soit pas toujours sympathique, avec un parcours qui va l'amener à réfléchir sur lui-même, sa haine envers Brutus pouvant le mener sur le chemin du sectarisme malgré l'amitié qu'il a envers Alexander et son respect pour le Donneur de Lois. Réflexion sur le racisme (c'est dans l'A.D.N. de la franchise), Terreur... est aussi une grande aventure qui creuse un peu plus le fonctionnement de la société simienne tout en élargissant le cadre du récit. Les possibilités de la bande dessinée permettent en effet de visiter de nouveaux lieux, de faire des découvertes et pour les auteurs de développer des batailles épiques sans limite de budget.

    Il y avait déjà les mutants télépathes du Secret de la Planète des Singes. Doug Moench pousse souvent le délire encore plus loin, avec des communautés de trappeurs, des gitans, des cyborgs (les gorilloïdes !) et même des singes vikings et des extra-terrestres ! Jason et Alexander seront rejoints par une sympathique galerie de personnages secondaires, comme le truculent Julius Gunpowder (le Daniel Boone de la Planète des Singes), la belle gitane Magualena ou encore le Luminurgiste, avec sa savoureuse interprétation des objets et concepts datant d'avant l'apocalypse.

    Les rebondissements sont nombreux (et certains ont un gros côté bis qui a tout pour me plaire) avec un bon équilibre entre l'action, la tragédie et les éléments un peu plus légers. Graphiquement, c'est un peu irrégulier. Ma préférence va aux pages de Mike Ploog, très dynamiques, très riches, avec de belles atmosphères magnifiées par le noir et blanc. Celles de Tom Sutton ont un encrage un peu plus gras (et sont un peu plus fouillis) et les derniers épisodes sont solides (j'ai toujours bien aimé le style de Herb Trimpe, surtout connu pour ses Hulk) même si il y a quelques soucis de cohérence visuelle (notamment Jason qui n'a pas vraiment la même tête que dans les épisodes précédents).

    Bref, une excellente découverte pour ma part, un ouvrage parfait pour fêter les 50 ans de la sortie de La Planète des Singes...en attendant le prochain tome qui sera centré sur les adaptations en bande dessinée des cinq films (dont vous pouvez retrouver mes chroniques sur le forum dans le Ciné-Club)...

    9

    Le Doc - 05 décembre 2018

    Avez-vous aimé cette critique ? OUI NON
Vous avez lu La Planète des Singes T.1 ?
Ecrire une critique