• Critique Strangers in Paradise T.1 par

    Strangers In Paradise (SIP) T.1

    Une vie sans amour ne vaut pas la peine d’être vécue.

    Francine et Katchoo sont les deux meilleures amies du monde et ce depuis toujours. Après quelques années passées séparées après le Collège, on les retrouve vivant ensemble en colocation. Tout les oppose : d'un côté Francine, douce brune, instinctive, rêveuse et un tantinet naïve, de l'autre, Katchoo, blonde impulsive au caractère bien trempé, cérébrale et désabusée. Et c’est sûrement cela qui les lie d’un amour puissant et indestructible. C’est cet amour qui va être mis en scène dans cette histoire, en y ajoutant celui qui lie chacune d’entre elles avec le reste du monde (Francine et ses Ex, Katchoo et le troisième personnage principal de l’histoire : David...). A ce drôle de micmac amoureux va se greffer une intrigue criminelle, en effet, le passé douloureux de Katchoo va la rattraper et tout chambouler [sûrement imaginé en référence à une affaire réelle qui a eu lieu pendant la genèse de SiP : l’affaire «Heidi Fleiss» où un réseau de prostitution aurait pu servir de moyen de contrôle du pouvoir politique par la mafia].
    Tout ceci est trépidant, c'est léger, drôle tout en étant stressant, oppressant. Multipliant les rebondissements, on rit comme on pleure. Du coup, cela devient vite addictif, on s’attache tellement aux personnages, c’est normal vu que c’est un chef d’œuvre ! Avec le talent de son auteur qui n'hésite pas à adjoindre du texte (chanson, poème, voir conter des séquences entières en mode roman), c'est juste brillant.

    Un seul homme est derrière tout cela et son nom est Terry Moore (il n’est pas parent d’Alan ni de Tony). Il dessine, scénarise et rapidement édite seul cette histoire pendant plus de vingt-cinq ans. Au départ c'est une mini-série (3 ep vol 01) commencée en 1993 chez Antarctic Press. Puis, il va créer sa propre maison d’édition baptisée Abstract Studio où il va la continuer (13 ep vol 02), gagner un Eisner Award en 1996 (Meilleur Histoire à Suivre) et finira par la coéditer avec Image Comics (90 ep vol 03) pour s’arrêter en 2007. Après dix ans passés sur d’autres séries (Echo, Rachel Rising, Motor Girl) toujours faites seul, il revient sur SiP depuis quelques mois (SiP XXV). Cet artiste est fabuleux, son trait est très expressif, toujours en N&B [en référence au strip avec cette ligne claire très cartoonesque (très Charles Schultz et ses Peanuts)] et il décrit un monde actuel tout à fait réaliste. Il est rare qu’un homme arrive à saisir et mettre en scène la psyché féminine avec autant de justesse (bien plus que les frères Moon/Ba) au point d’en faire le cœur central de son œuvre. Ses héroïnes ont des traits communs et pourtant on ne les confond jamais. Et même si par la suite il touchera à d’autres genres (SF et horreur notamment), on embrasse la totalité de son univers comme pouvant partager le même monde (le Terry Moore's World!!!) et où on pourrait croiser Francine et Katchoo s'arrêtant au dîner de la ville de Rachel. Une fois rentré dedans, on n'en sort plus, on y est si bien…

    Delcourt sort une intégrale magnifique (trois volumes pour la série 1993/2007, et sûrement un quatrième pour la suite actuelle [avec, on en rêve, le SiP Kids encore inédit en France]) pour un chef d’œuvre malmené chez nous où il aura fallu attendre le troisième éditeur pour l’avoir en entier (18 volumes chez Kymera). Il était normal que Delcourt, éditeur de la suite de l’œuvre de Terry Moore puisse le récupérer en le proposant dans ce format idéal de trois volume de six cent pages chacun (ayant nos trois principaux protagonistes en couv’) pour un prix autour de quarante euros chacun et ce dans une belle édition réalisée en collaboration avec l’auteur s’il vous plaît. Pour le moment, deux volumes sont sortis, le troisième arrive le mois prochain.

    C’est du tout bon, comme souvent chez les grands auteurs, tout est là, dès la première œuvre (on peut le comparer au Bone de Jeff Smith), c’est sûrement la plus belle de ces œuvres jusqu'à maintenant même si les autres sont toutes aussi géniales (Rachel Rising!!!).
    On pourrait utiliser SiP comme test de Voight-Kampff (dixit Bladerunner), si vous n’aimez pas SiP, c’est la preuve que vous n’êtes pas humain…

    10

    magictoad - 23 mars 2018

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