• Critique Joe Shuster T.1 par

    Selon la définition que l'on peut trouver sur la toile, le "Rêve Américain" est, je cite, "cette idée selon laquelle n'importe quelle personne qui vit aux Etats-Unis peut réussir à partir de rien et prospérer par son travail, son courage et son abnégation". Bon, sur la page Wikipedia, il y a aussi une citation du comique George Carlin qui dit "on l'appelle Rêve Américain parce qu'il faut être endormi pour y croire".

    Le Rêve Américain...ou plutôt "Un Rêve Américain" (sous-titre bien choisi par Urban Comics pour la publication française de "The Joe Shuster Story, the Artist behind Superman"), Jerry Siegel et Joe Shuster l'ont touché du bout des doigts, avant que le rêve se transforme en cauchemar. Les deux hommes ont créé Superman et posé les bases de ce qui allait devenir une véritable industrie...et pourtant, dans les années 70, alors que les droits cinématographiques de l'Homme d'Acier se négociaient à coup de millions, Siegel & Shuster étaient quasiment oubliés. Le premier écrivait pour l'éditeur italien des bandes dessinées Disney et le second, presque aveugle, peinait à joindre les deux bouts.

    Sous une superbe couverture, le très beau livre de Julian Voloj et Thomas Campi s'ouvre d'ailleurs sur une triste anecdote rapportée par Jerry Robinson. Un jour de l'hiver 1975, un policier réveille un vieil homme frigorifié sur un banc et l'emmène dans un restaurant pour lui offrir un bol de soupe. Lorsque l'agent lui demande ce qu'il faisait dans la vie, Joe Shuster lui répond "je dessinais des BD"...et malgré sa vue médiocre, il lui dessine alors Superman sur une serviette.
    Après des années d'injustice et de vache maigre, les choses ont fini par s'arranger pour Jerry Siegel et Joe Shuster, notamment grâce aux efforts de Jerry Robinson et Neal Adams. Depuis le "Superman" de Richard Donner, tout ce qui concerne l'Homme d'Acier, dans tous les domaines, comporte la mention "créé par Jerry Siegel et Joe Shuster".

    Cette histoire a fait l'objet de nombreux essais et pour sa transposition en bande dessinée, Julian Voloj a naturellement décidé de la raconter du point de vue du dessinateur Joe Shuster. L'oeuvre est richement documentée (toutes les références utilisées sont listées dans les intéressantes notes de fin de volume) et le scénariste s'en tient aux événements réels en romançant juste ce qu'il faut certains points pour rendre la lecture fluide et éviter la simple énumération de faits. Les passionnés de comics qui connaissent bien cette période n'apprendront peut-être rien de nouveau, mais l'écriture est de qualité et le récit passionnant sur de nombreux aspects (les parcours croisés de Siegel & Shuster, l'évolution du marché des comics...).

    J'ai également beaucoup aimé les planches de l'italien Thomas Campi, très soignées, élégamment peintes, et la différence de ton pour les pages se déroulant dans les années 70, aux dessins encrés. Un joli travail de reconstitution et un bel écrin pour l'histoire de ces deux petits gars de Cleveland qui ont créé le plus grand des super-héros !

    8

    Le Doc - 28 septembre 2018

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