• Critique Daredevil Par Nocenti And Romita Jr T.1 par

    Pas facile de passer après Frank Miller sur "Daredevil". Entre 1979 et 1984 (d'abord aux dessins sur des scénarios de Roger McKenzie avant de s'occuper à la fois des histoires et de la partie graphique) puis en 1986 (avec ce chef d'oeuvre absolu qu'est la saga "Born Again" illustrée par David Mazzucchelli), Frank Miller a marqué de son empreinte la série du super-héros aveugle.

    Après son départ au #233, Mark Gruenwald et Danny Fingeroth ont écrit chacun un épisode avant de laisser la place à Ann Nocenti au #236. Son numéro, dessiné par l'excellent Barry Windsor-Smith, est pour le moment le seul de sa première année sur le titre à avoir été traduit en français, dans la "Collection Super Héros" de Comics USA en 1989. Il était question que Steve Englehart lui succède et devienne le nouveau scénariste régulier de "Daredevil". Mais Englehart n'a finalement livré qu'une seule histoire (et encore, sous un pseudonyme). Ann Nocenti s'est installé sur le titre au #238 pour ne le quitter qu'au #291 en 1991 (avec juste deux "fill-in" de Christopher Priest et Fabian Nicieza)...et sa prestation, d'une grande justesse et d'une grande puissance, reste aussi importante que celle de Frank Miller.

    Je n'ai pas lu les 12 premiers épisodes du run de Ann Nocenti. Il se dit qu'elle a mis ce temps pour trouver ses marques, une période qui a vu défiler beaucoup de dessinateurs (Louis Williams, Sal Buscema, Keith Pollard, Keith Giffen, Rick Leonardi et même Todd McFarlane). Les rassembler dans un "Tome 0" serait d'ailleurs une bonne idée si le matériel est disponible afin de juger sur pièce. Mais je le répète, même si je ne les ai pas encore lus, je ne pense pas trop m'avancer en écrivant que l'arrivée de John Romita Jr au #250 a marqué le début de LA grande période de son cycle.

    En cette fin des années 80, John Romita Jr ("Amazing Spider-Man", "Uncanny X-Men"...) sortait de l'échec de la série "Star Brand" et de la ligne "New Universe" de Marvel. Son style évolue et il trouve en la personne du grand Al Williamson ("Flash Gordon", "Star Wars"...) l'encreur parfait pour sublimer ses dessins et travailler l'atmosphère idéale pour retranscrire le New-York des années 80, ce lieu tourmenté (comme la vie de nos protagonistes), dangereux, extrêmement violent, où Matt Murdock rend la justice, en tant qu'avocat pour les déshérités dans une association d'entraide qu'il tente de faire fonctionner sans moyens, et en tant que justicier dans la combinaison rouge de l'Homme sans Peur.

    Ce premier tome de la collection ICONS consacré aux "Daredevil" de Ann Nocenti compile les #250 à 257, 259 à 263 et 265 à 266 (les #258 et 264 sont exclus car ce sont donc des "fill-in", des épisodes indépendants réalisés par d'autres équipes créatives...enfin presque puisque c'est Ann Nocenti qui a écrit le 264 dessiné par Steve Ditko...pour laisser souffler les auteurs en place). "Daredevil #250" démarre sur une image saisissante, celle d'une explosion nucléaire qui détruit toute vie sur son passage et qui impressionne fortement un petit garçon qui aura son importance par la suite. Avec cette entrée en matière, la scénariste donne le ton d'une suite d'épisodes passionnants, dans sa façon de traiter des problèmes de société et dans la caractérisation soignée des personnages aussi bien centraux que secondaires.

    Le regard de l'enfant est très important dans les histoires de Ann Nocenti. Comme je l'ai souligné dans le paragraphe ci-dessus, c'est par le regard des enfants confrontés à la folie des hommes que s'ouvre ce volume. Lance, le fils de Bullet; Butch, 8-Ball, Darla, les petits skaters des rues; le jeune Caïn au destin tragique...tous devront faire face à la violence, à des choix difficiles. Il y a des moments lumineux, touchants...mais aussi des passages beaucoup plus sombres, bouleversants...

    Après les terribles épreuves qu'ils ont traversées, l'amour éclaire la vie de Matt Murdock et Karen Page, même lorsque les choses ne sont pas toujours roses. Mais cet amour va subir une nouvelle épreuve car le Caïd est toujours aussi décidé à briser la vie de Matt (et il avait bien failli réussir dans "Born Again"). Et c'est par le coeur de l'avocat aveugle qu'il veut l'atteindre cette fois. C'est dans ces épisodes que Ann Nocenti et John Romita Jr ont créé la redoutable Typhoid Mary, schizophrène, meurtrière, manipulatrice. Matt Murdock tombe sous le charme de la douce Mary Walker, l'une des personnalités de Typhoid, tout en affrontant la vilaine à plusieurs reprises. Une relation d'amour/haine qui culminera en un tabassage en règle qui laissera Daredevil presque sur le carreau. "Descente aux enfers" est un épisode éprouvant...et ce n'est pas fini car c'est justement là que se déchaîne l'enfer sur Terre...

    Ann Nocenti a su intégrer à ses plans les grands événements en cours dans l'univers Marvel et plus particulièrement dans les titres de la franchise "X-Men" (et il y a en plus un court crossover très bien géré avec la série du "Punisher"). Deux arcs narratifs traitent des retombées des sagas "La Chute des Mutants" et "Inferno". On assiste ainsi au chaos occasionné par ces histoires du point de vue de l'homme de la rue et c'est très intéressant. Une ambiance palpable de fin du monde, un véritable chemin de croix pour nos héros...mais au final, il y a toujours une lueur d'espoir qui perce dans les ténèbres, une dernière case qui redonne le sourire après tant de tension accumulée...

    Bref, quinze épisodes foisonnants, très riches sur bien des plans (les thèmes abordés, le développement et le parcours des personnages...), une lecture qui prend aux tripes de la première à la dernière page.
    Cette édition Panini dans la collection MARVEL ICONS offre aux lecteurs une (re)découverte bienvenue d'une période incontournable de la série "Daredevil" qui n'avait pas été rééditée depuis les "Versions Intégrales" publiées par Semic il y a presque 20 ans !

    10

    Le Doc - 29 août 2018

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