• Critique Porcelaine T.3 par

    "Porcelaine", univers poético-gothique créé par Benjamin Read et Chris Wildgoose, conjugue depuis le premier tome sorti en 2014 émerveillement et horreur. Emerveillement dès que la Gamine voleuse des rues a ouvert les portes du manoir de l'étrange alchimiste appelé le Porcelainier. Horreur dès que le récit a commencé à distiller ses sombres secrets. Emerveillement face à une magie remplie de possibilités. Horreur face à un monde extérieur attiré par l'oeuvre du Porcelainier à des fins militaires...

    La fin de la trilogie "Porcelaine" est dévastatrice, à tous les niveaux. Le scénariste Benjamin Read avait bien planté le décor dans son avant-propos : ce troisième tome est plus sombre, il n'y avait donc pas de quoi attendre un happy-end. En ce sens, le sanglant dernier acte du précédent volume préparait déjà bien la direction suivie par les derniers instants du récit de la vie de cette femme dont on ne connaîtra jamais le nom. Et pourtant, tout débute par une scène bucolique...le proverbial calme avant la tempête...

    Femme est devenue Mère. Mère de deux jeunes femmes. L'une née de son amour tragique avec son beau Capitaine. L'autre adoptée suite à une décision qui ne la laissera jamais en paix. Une dizaine d'années ont passé et le lecteur découvre Victorienne et Ariemma en pleine adolescence, avec les doutes et les désirs qui accompagnent cette période. Grâce à une belle caractérisation, et au temps passé avec elles et leur Mère dans leur quotidien avant que les choses dégénèrent, les deux soeurs deviennent vite attachantes et apportent un autre regard sur la vie qui anime la Tour de Porcelaine.

    Femme est devenue Mère. Mère d'une forme de vie qui n'a cessé d'évoluer. Il est intéressant (et fascinant) de voir à quel point les êtres de Porcelaine se sont adaptés jusqu'à développer un "culte" à part entière, un intérêt pour les histoires et la mythologie. Le dessinateur Chris Wildgoose a su les différencier, leur donner une personnalité propre, qui s'exprime notamment par leur façon de s'habiller et par la manière dont ils ont constamment réinventé leur forme au fur et à mesure des années.
    J'ai découvert Chris Wildgoose par cette série et son talent explose encore une fois pour ce final : c'est minutieux, les plus petits détails sont subtilement travaillés, tout comme les ambiances. Voir Mère et ses deux filles prendre le temps de pique-niquer, de renforcer leurs liens, réchauffe le coeur. Voir Victorienne se plonger dans les souvenirs heureux de sa Mère par le lien qui les unit est déchirant.

    Mais la Guerre n'est jamais loin. L'Armée n'a pas renoncé à mettre la main sur les inventions de Mère. Le conflit sera long et destructeur, éprouvant autant sur les corps que sur les esprits. Femme est devenue Mère...une Mère farouche, qui prendra des décisions radicales pour protéger ses enfants...des décisions qui la laisseront avec un regard hanté et désespéré...





    9

    Le Doc - 03 mars 2018

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