• Critique The Beauty T.1 par

    Un scénario séduisant, une partie graphique léchée et une préface de Scott Snyder, qui bien que traitant plus du « genre horrifique », que de l’œuvre en elle-même, remplit parfaitement son rôle de teaser. Non pas que je sois particulièrement fan de Snyder, mais voilà qui avait tout pour plaire. A priori.

    The Beauty est une bande dessinée portée avant tout par son pitch intrigant et prometteur : une maladie sexuellement transmissible est apparue et une bonne partie de la population veut la contracter. En effet, le principal symptôme se résume au titre de l’œuvre… Perte de kilos en trop, pousse de cheveux perdus, visage affiné, santé, retour de l’être aimé, réussite professionnelle, désenvoûtement (certains effets proviennent du prospectus d’un marabout, trouvé dans ma boîte aux lettres, sauras-tu les retrouver ?).

    Au début du récit, le virus beauty est déjà largement répandu et on estime que les « Sublimes » (les infectés) représentent la moitié de la population. L’autre moitié étant composée soit de personnes cherchant à être contaminées, soit de militants anti-beauty.
    C’est dans ce contexte que nous suivons un inspecteur et une inspectrice de police qui enquêtent sur des morts spectaculaires et cachées à la population, car le beauty en est probablement la cause…

    Évidemment, plusieurs interrogations sont au centre de l’œuvre, la principale d’après moi étant : « Seriez-vous prêt à contracter un virus qui rend beau, tout en sachant qu’il est potentiellement dangereux » ? Une réflexion sur la propension que nous avons à vouloir satisfaire un désir immédiat sans aucune considération pour le long terme.

    Mais le souci, c’est que cette question n’est traitée que très superficiellement par les auteurs. De la même manière, celle des normes esthétiques (de leur relativité, de leur ancrage social), des injonctions permanentes à la beauté… et plus largement le désir de conformité ou de non-conformité, ne sont presque pas évoqués. Pour moi c’est incompréhensible d’annoncer un tel scénario sans se saisir de ces questions.

    En définitive on se retrouve face à un virus qui rend beau, certes, mais uniquement selon les canons occidentaux (américains) blancs. Aucune idée des effets de cette MST dans d’autres pays, comme s’il n’existait qu’une acception de la beauté, communément partagée. Seules quelques rares personnes apparaissent, qui ne veulent pas être contaminées car elles « s’acceptent comme elles sont » ou parce que le beauty est une maladie et il faut faire valoir le « principe de précaution ». Les militants anti-beauty ne remplissent même pas ce rôle critique correctement, d’ailleurs, on ne sait pas vraiment sur quoi s’appuie leur engagement… C’est dommage, il y avait tellement mieux à faire !

    Pour moi, c’est un gâchis. Les auteurs ont pris le scénario à l’envers : ils ont réduit le virus beauty au rang de prétexte scénaristique afin de développer un récit sur une pandémie, les recherches pour trouver le vaccin-qui-va-bien, et le complot qui enrubanne le tout, au lieu de développer une œuvre impertinente sur « qu’est-ce qu’être beau ? », « d’où viennent les canons esthétiques ? » et « faut-il s’y conformer ? »,

    The Beauty reste malgré tout un comic book bien mené et d’une lecture agréable. Certaines trouvailles scénaristiques bien vues en font un récit difficilement classable, entre l’horreur (si j’ai bien pigé ce que Snyder nous dit dans la préface), le polar, le thriller etc.
    Le tout, comme je le disais plus haut, servi par de beaux dessins et une colorisation réussie.

    Pour sa première série, Jason A. Hurley nous propose un programme attractif mais qui manque en réalité cruellement d’ambition et de fond. C’est un titre qui aura du mal à exister à côté d’autres qui prirent le parti scénaristique de mettre des éléments de fantastique ou de SF au service d’une analyse - voire d’une critique - sociale (Y, Le Dernier Homme ou même The Walking Dead), ou d’autres récits se revendiquant anticonformistes et critiques (Bitch Planet, Faith…).

    J’attends tout de même la suite en espérant que ces auteurs se révèlent et osent exploiter à fond les bonnes idées qu’ils ont, sans aucun doute !
    J'entretiens même le secret espoir que les lacunes de ce premier tome soient tout à fait préméditées et que la suite (sortie prévue en juin 2018) soient plus corrosive.

    6

    bulgroz - 27 avril 2018

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