• Critique Maestros T.1 par

    Et si toute la Création n’était le fait que d’un seul homme ?

    Dieu, me direz-vous. Car oui, dans la cosmogonie judéo-chrétienne, c’est bien un certain monsieur Dieu (prénom inconnu) qui s’est chargé de créer tout ce qui nous entoure, puis de nous laisser nous démerder avec. Depuis, il est affalé là-haut sur son nuage, et il nous regarde galérer tout en zappant sur Netflix.
    La cosmogonie que Steve Skroce expose dans Maestros n’en est pas très éloignée (nombreuses sont les allusions, d’ailleurs), elle va même plus loin.

    « Dieu » s’appelle ici le Maestro. Il est, lui aussi, à l’origine de la création de l’univers. Mais alors que la Genèse nous apprend que Dieu a créé la Terre avant de faire la grasse matinée le dimanche, le Maestro a fait bien plus que ça ! Il a créé une multitude de mondes magiques, et un autre beaucoup plus prosaïque : la Terre. Ce fut ensuite son fils qui prit la suite à sa mort, et ainsi commença le règne de la lignée des Kazhar.

    Le récit s’ouvre sur l’assassinat de Meethra Kazhar, le Maestro en exercice (petit-fils de l’originel) et par conséquent sur la recherche de son successeur, son fils Willy qui vit dans notre monde et qui gagne sa vie grâce à ses dons de sorciers…

    Willy n’a pas le choix, il aura désormais la lourde tâche d’administrer les mondes créés par son aïeul. Mais il ne ressemble pas à ses prédécesseurs cruels et sadiques, Willy est bien décidé à disrupter les mondes magiques avec des idées toutes terriennes de tolérance, d’égalité voire même de management.

    Évidemment, tout ne se passera pas comme prévu, on ne dirige pas l’univers comme une start-up !

    Moi qui ne suis pas toujours fan de fantasy, je dois bien dire que l’aspect « adulte » revendiqué de Maestros m’a bien plu : Steve Skroce ne lésine pas sur le gore ni sur le sexe ; l’utilisation massive de la magie est associée à celle du smartphone ; les dialogues sont très drôles… tout cela concourt à faire de Maestros une histoire complètement décalée même si le scénario ne révolutionne pas le genre (un grand méchant bien facho, une volonté de putsch et des trahisons).

    Durant les premières pages, j’avoue avoir été un peu dubitatif devant tout cet étalage de sang, de situations cocasses et de dialogues comiques. Je pensais voir venir la lourdeur des récits qui essaient d’être drôles et qui se sentent obligés de faire une blague toutes les deux cases. Mais en fait, non. Tout est très bien dosé, Skroce sait exactement quel genre de récit il veut livrer et jusqu’où il peut aller.

    Il faut dire que les dessins aident beaucoup !
    C’est un grand plaisir de revoir Steve Skroce à l’œuvre sur des comics. Même si son travail de storyboarder est lui aussi incroyable, j’avais été ravi d’apprendre la sortie de We Stand On Guard (Brian K. Vaughan).
    Les amateurs du dessinateur canadien connaissent son souci du détail, avec Maestros ils ne seront pas déçus ! Comme la première de couverture le laisse imaginer, il parvient à créer un univers très riche en bestioles de tout genre et on sent qu’il y prend plaisir, ainsi que Dave Stewart à la colorisation. On « regrettera » le format du livre qui mériterait d’être revu à la hausse afin de réellement servir la partie graphique de Maestros, qui est magistrale.

    Skroce n’a apparemment pas l’intention de s’arrêter là puisqu’on nous apprend que la suite est prévue (même si Maestros est un récit indépendant) mais qu’il est en train de bosser sur une série post-apocalyptique pour Image. De bien bonnes nouvelles pour les amateurs de beaux dessins !

    9

    bulgroz - 10 février 2019

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