• Critique After Death par

    A.D. AFTER DEATH

    « Le premier souvenir conditionne en grande partie le reste de notre vie »

    La mort a été vaincue, une nouvelle ère commence. Avant, on comptait le temps à partir de la mort du Christ (AC : After Christ), dorénavant le temps se compte à partir de la mort de la Mort (A.D. : After Death).
    Nous sommes en 825 A.D., nous suivons Jonah Cooke, jeune homme faisant partie des « élus », c’est-à-dire qu’il a la chance de suivre le traitement qui fait de lui un immortel. Il a un statut particulier au sein de cette population. En effet, pour rendre cette nouvelle forme de vie plus simple, le cerveau ne pouvant se remémorer les souvenirs au-delà d’une vie normale, les sujets voient leur mémoire être effacée au bout de chaque fin de cycle (d’une durée d’une quinzaine d’années) ; mais Jonah consigne tout ce qu’il lui arrive sur papier depuis un accident survenu à sa mère lorsqu’il était tout jeune, il est donc conscient de ce qu’il lui est arrivé au-delà du cycle actuel.

    Le procédé narratif de cette œuvre va respecter ce concept : la BD suit l’action présente : Jonah fuyant une étrange menace pour une destination inconnue. Puis, pour tout ce qui est antérieur au cycle présent, tout est illustré à partir des écrits que Jonah consigne scrupuleusement sur ses carnets, nous permettant de sortir de cette singularité cyclique et de connaître tout le cheminement personnel de notre « héros ». Qu’est devenu cet enfant traumatisé durant un voyage avec ses parents en janvier 1982 ? Comment est-il devenu immortel ? On y suit également le récit présent pour savoir qui le poursuit et d’autres questions se posent telles que : Qu’est-ce qu’il y a sous les nuages, en bas de la montagne ? Ou encore que sont devenus les mortels ?...

    Collaboration inédite pour l’illustrateur Jeff Lemire (“Essex Country”, “Trilium”, “Sweet Tooth”…) qui se voit, pour la première fois, dessiner pour quelqu’un d’autre que lui-même, en l’occurrence, ici, Scott Snyder (“American Vampire”, “Batman” N52 …) avec qui il avait collaboré durant le relaunch de DC, le New 52, avec deux séries interconnectées : “Animal Man” gérée par Lemire et “Swamp Thing” gérée par Snyder. Comme toujours, Snyder initie un récit passionnant, original, collant tout à fait à l’univers de Lemire (le côté prépondérant de la famille par exemple) mais qui hélas, telles les histoires d’amour, finit mal (comme dans “the Wake” ou encore son “Batman”…). Même si c’est une fin ouverte qui n’est pas malvenue, elle reste terriblement frustrante. De son côté, le dessin de Lemire, même techniquement limité, colle vraiment bien à l’action (cela renvoie à l’ambiance SF bien composée d’un “Trilium” ou d’un “Sweet Tooth”).

    Sortie aux States chez Image de façon originale en trois books souples de 80 pages en grand format, Urban sort, lui, l’intégrale correspondante en format rigide dans sa section « graphic ».

    Ce récit est original, prenant, puissant, on avale la fin frustrante car elle vient après une course haletante. OVNI éditorial, cette œuvre vaut tout à fait le détour surtout si l’on est touché par l’ambiance des œuvres de Lemire qu’a su restituer un Snyder toujours bien inspiré. On espère les voir à nouveau travailler ensemble car il y a, décidément, une belle synergie entre eux.

    6

    magictoad - 09 avril 2018

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