• Critique Ballistic (Black Mask) T.1 par

    Je dois bien dire que je n’étais pas super emballé par cette nouvelle sortie de Glénat, et ce pour plusieurs raisons.
    (Spoiler : j’ai changé d’avis)

    La première raison étant la quatrième de couverture… extrait : « On rencontre Butch, un gros bourrin, et son pote Bang-Bang, une arme à feu génétiquement modifiée ». Hum, hum. Un duo constitué d’une brute et d’un flingue qui parle ? C’est vraiment pas le genre de pitch qui me séduit. Mais bon, on ne discute pas des goûts et des couleurs de la testostérone !
    Seconde raison, sûrement la plus idiote : le fait de ne connaître ni le scénariste (Adam Egypt Mortimer), ni vraiment l’éditeur originel (Black Mask Studios) : c’est pas mon genre d’avoir peur de la nouveauté, mais apparemment être jeune ne suffit pas à empêcher de penser comme un vieux con.
    Enfin, avouons qu’un illustre inconnu, un éditeur qui l’est tout autant (pour moi), plus un homme-et-son-flingue-qui-parle, ça commence à faire beaucoup.

    Effrayé par l’inconnu, je suis tout naturellement enclin à me rassurer avec le familier. Et par « familier », je parle ici de Darrick Robertson au dessin ! Et ça, ça à tendance à occulter tout le reste. Cela dit, par esprit d’autocontradiction, j’ai feuilleté très vite le bouquin et durant une seconde je n’ai pas reconnu le trait du dessinateur, enfoui qu’il était sous une colorisation assez agressive et franchement pas subtile (en même temps, me direz-vous, on parle d’une BD sur un flingue… pas sûr que la subtilité soit le leitmotiv de l’oeuvre. Pas faux).

    Je commençais donc à imaginer le potentiel délire du comic-book, et je me décidai donc à l’ouvrir. La préface de Grant Morrison ainsi que les critiques enthousiastes placées en exergue ont finalement eu définitivement raison de ma première impression.
    Habile.

    L’intrigue se place dans la ville de Repo City, une cité-état futuriste, où la technologie fusionne joyeusement avec le vivant pour créer (entre autres) des climatiseurs qui parlent. Et des flingues.
    Le délire cyberpunko-n’importe-nawak est complètement assumé, on y voit des voitures volantes avec des ailes de chauve-souris, des murs qui saignent… et on y entend des phrases telles que « Le système juridique de l’état de Repo City est une noosphère ad hoc de gameplay descriptif » (Une pensée émue pour le/la traducteur/trice).
    Le personnage principal s’appelle Butch (c’est marqué sur sa veste), il est réparateur de climatiseur et il se balade toujours en compagnie de son flingue avec lequel il peut fusionner…
    Le récit est donc centré autour de ce binôme atypique, à tel point qu’on en vient progressivement à se demander qui est le véritable personnage principal : dois-je dire « un homme et son flingue », ou « un homme est son flingue » ? Doit-on y voir un discours caché sur les détenteurs d’armes à feu ?

    Si le scénario est signé Adam Egypt Mortimer, les deux auteurs revendiquent ensemble la paternité de l’idée originelle. Et ça se sent ! C’est vraiment un scénar fait pour Darrick Robertson, on y retrouve pas mal de délires décadents à la Transmétropolitan, des scènes crues à la The Boys, et j’en passe.
    On sent sans problème à quel point le dessinateur est dans son élément, il se libère complètement, les cases partent dans tous les sens, il joue avec les perspectives, les couleurs etc. et ne semble aucunement brider son imaginaire, ce qui en fait un univers graphique extrêmement jouissif.

    Ça fait plaisir de revoir Robertson à ce niveau dans le la pure SF, même si, encore une fois, la colorisation manque de finesse. J’aurai préféré avoir à la fin, davantage de ses dessins (même s’il y en a déjà pas mal), plutôt qu’un dossier mal foutu, censé nous en apprendre plus sur l’univers de Repo City, un peu superflu à mon sens : Hé ho, les gars ! C’est pas non plus Le Seigneur des Anneaux, hein ! Pas de quoi créer un BallisticVerse !

    Moralités :

    1 : Ne jamais se fier à sa première impression
    2 : Que les fans de science-fiction déjantée se ruent sur Ballistic

    9

    bulgroz - 31 mars 2018

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