• Critique The Discipline T.1 par

    « Discipline » : étymologiquement, le terme est autant lié à la notion de punition qu’à celle de l’enseignement. Par extension, il désigne une « instruction, une direction morale », une « règle de conduite imposée par quelqu’un ». Ajoutons à cela le sens donné par les adeptes du bondage et/ou des activités SM et nous avons un aperçu de ce que nous réserve "La Discipline", de Peter Milligan (scénario) et Leandro Fernandez (dessin).

    Pour commencer ma présentation, j’allais évoquer un « thriller érotique » et je me suis ravisé, tant cette case ne correspond à rien et occulte une grande partie du récit. De plus, je pense que Milligan ne serait pas vraiment ravi que l’on réduise ce comicbook à sa dimension érotique : « "La Discipline", ça parle de sexe. Mais ce n’est pas SUR le sexe ». Ainsi conclue-t-il son introduction au début de l’ouvrage. Un ouvrage d’ailleurs noté « Teen » par l’ESRB, on est loin du porno.
    "La Discipline", c’est aussi pas mal de fantasy (d’ailleurs, ne peut-on pas traduire « fantasy » par « fantasme » ?), de l’horreur… bref, un récit assez inclassable et qu’il me faudra sûrement lire une seconde fois afin d’être sûr d’avoir tout pigé.

    La Discipline est une société secrète luttant contre des forces obscures depuis pas mal de siècles maintenant. Elle a placé au centre de son fonctionnement, un rituel sexuel, par lequel un.e adepte parvient à recruter de nouveaux.elles membres afin de mener le combat contre les Traqueurs, qui eux aussi, sont particulièrement branchés coït…
    Mélissa Peake est une jeune femme frustrée sexuellement et sentimentalement. Son mari plein aux as la délaisse au profit de son boulot, une recrue parfaite pour Orlando, jeune séducteur androgyne de la Discipline.
    Milligan dit en introduction, que le sexe dans les comics (et les œuvres de fiction en général) n’est souvent abordé que comme une « fin », ici, il s’attache à en traiter comme d’un « moyen », et plus précisément, le moyen de libérer le potentiel mystique des personnages. Effectivement, les auteurs ne livrent jamais de scènes de sexe « gratuites » (et pourtant il y en a pour tous les goûts), présentant des personnages hypersexualisés facilement identifiables dans le but d’exciter le lecteur ou la lectrice. Ces scènes sont plus que ça : elles créent une ambiance où l’érotique le dispute au bizarre, sans aucun jugement moral de la part des auteurs, puisque justement, la sexualité est ici totalement coupée de la notion de norme ou d’amour. Le sexe est vu comme un instrument de pouvoir et de manipulation, ce que l’on croit être masculin peut très bien devenir féminin, et ce que l’on pense humain peut très bien devenir un monstre (les satyres de Goya ont donc d’ailleurs particulièrement inspiré les auteurs).
    Le tout est subtilement dosé puisque à aucun moment l’œuvre ne tourne au malsain. A mon sens, en montrant des scènes de sexe « interespèces », les auteurs ne cherchent pas ici à déranger les lecteurs, ni à créer une atmosphère à la Néonomicon (autrement plus évocateur et malsain à mon sens).

    Tout cela est fort bien mis en image par Leandro Fernandez, grâce à de grandes cases toujours très expressives. La mise en couleurs (de Cris Peter) est aussi très efficace. Il ne s’embarrasse pas d’effets superflus, préférant des aplats lumineux et quelques estompes, produisant un effet de contraste radical avec un encrage rappelant sur certaines scènes un certain Mignola.

    Ce n’est pas la meilleure lecture que j’ai pu avoir de Milligan, mais en sa qualité de one-shot, je ne me priverai pas de relire plusieurs fois "La Discipline" jusqu’à être sûr d’en avoir bien saisi tous les niveaux de lecture.
    Certains passages seront peut-être dérangeants pour certains lecteurs, sans doute que quelques années auparavant une telle bande-dessinée n’aurait pas bénéficié du même classement.
    Lisez-la quand même AVANT de l’offrir à votre mamie, petit frère ou petite sœur, on sait jamais…

    6

    bulgroz - 29 mai 2018

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