• Critique Immortal Hulk T.1 par

    Lorsque Marvel a annoncé que la nouvelle série consacrée au Titan Vert allait basculer vers l'horreur, cela m'a tout de suite fait penser à un retour aux sources pour le personnage créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1962. Les principales influences de Stan Lee étaient le monstre de Frankenstein et L'Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde et dans les premières aventures, Hulk, dont la peau était alors de couleur grise, était une véritable créature de la nuit. La proposition du scénariste britannique Al Ewing renvoie à des périodes bien connues de l'histoire de Hulk, tout en les triturant et en emmenant Bruce Banner là où il n'est jamais allé. Hulk n'est plus seulement incroyable...il est maintenant immortel...

    Je n'ai pas lu la longue saga Avengers : No Surrender, qui a marqué le retour de Hulk. Mais ce n'est pas gênant, Al Ewing a suffisamment bien construit son premier épisode pour qu'il ne soit pas besoin d'avoir lu ce chapitre au préalable. Immortal Hulk #1 débute par un drame...et la mort de Bruce Banner. Oui, encore...mais si Banner peut mourir, ce n'est pas le cas du monstre en lui, ce qui ajoute une dimension supplémentaire à l'éternelle malédiction du savant malingre.

    La première apparition de Hulk est superbement orchestrée, une révélation progressive, intense, jusqu'à deux doubles pages qui nous dévoilent un Hulk que j'ai rarement vu aussi terrifiant. Pendant quatre pages, le Titan Vert ne fait que parler à celui qui a le malheur de se trouver devant lui et c'est particulièrement prenant. Le regard du colosse a de quoi hanter les autres protagonistes...et Bruce Banner le premier, comme le démontre l'excellente dernière planche.

    Al Ewing reprend le principe du Bruce Banner vagabond, passant d'une ville à l'autre, popularisé par la série télévisée avec Bill Bixby et Lou Ferrigno, en donnant au héros une raison pour parcourir les routes américaines. Par les récitatifs, on en apprend beaucoup sur l'état d'esprit de Bruce, ce qu'il est advenu de lui depuis que la flèche d'Hawkeye lui a traversé le cerveau et sa relation actuelle avec le monstre. C'est très intéressant et prometteur pour les développements à venir. La formule du "monstre du mois" est dans un certain sens très classique, mais ici elle donne lieu à des affrontements remarquablement écrits. Al Ewing joue notamment avec la narration par le biais de l'épisode 3 et sa mise en parallèle de plusieurs témoignages, façon Rashomon de Akira Kurosawa. 

    Le travail sur les personnages, la caractérisation, est un autre élément qui participe à la réussite de Immortal Hulk. La journaliste Jackie McGee est plus qu'un clin d'oeil au Jack McGee de la série télévisée...et l'arrivée de Walter Langkowki, alias Sasquatch, nourrit le fil rouge qui se dessine avec une surprise percutante. Chaque épisode apporte son lot de rebondissements qui font de la série un vrai page turner, comme disent les américains. C'est brillant, autant dans l'ambiance sombre de l'entrée en matière que dans la grosse baston musclée de l'épisode 5 sur lequel se referme ce premier tome. Al Ewing soigne aussi ses dernières pages qui sont toutes d'une grande efficacité.

    Aux dessins, on retrouve le brésilien Joe Bennett, de retour sur un titre mensuel chez Marvel pour la première fois depuis des années. J'aimais déjà ce qu'il faisait avant (notamment sur Amazing Spider-Man, Thor ou encore 52 chez la Distinguée Concurrence), mais là son style a encore progressé. C'est riche, expressif, les cases sont très détaillées et le dessinateur est aussi à l'aise dans la création d'atmosphère, avec des visuels accrocheurs, que dans l'action brutale et monstrueuse. Joe Bennett est aussi très régulier et lorsqu'il fait une "pause", c'est bien intégré à la façon de raconter (voir les segments dessinés par Romero, Hornschemeier, Sauvage et Brown dans le chapitre 3).


    9

    Le Doc - 13 mars 2019

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