• Critique La tête dans les nuages T.1 par

    "La seule bonne raison de créer, c'est quand tu ne peux pas ne pas créer.
    Sinon, tu peux aller te faire foutre".

    Dans "La Tête dans les Nuages" ("Cartoon Clouds" en version originale), son premier roman graphique, Joseph Remnant suit plusieurs amis fraîchement diplômés d'une école d'art. Maintenant, la grande question est : "que faire ?". Et ce n'est pas l'entretien final avec son professeur qui va rassurer Seth Fallon. Comment concilier passion et réalité économique ? Doit-on poursuivre ou abandonner ses rêves ? Et quelle est la place de l'art figuratif à l'ère du numérique ? Il y a très certainement une part autobiographique dans cette chronique de jeunes artistes qui veulent se faire une place dans le monde des adultes.

    Joseph Remnant a travaillé avec Harvey Pekar avant le décès de celui-ci, en collaborant avec celui qui savait trouver "le charme de l'ordinaire" dans Smith Magazine, puis en illustrant l'album "Cleveland". On retrouve cette influence dans "La Tête dans les Nuages", cette même sensibilité et capacité de capturer le quotidien. Vu la nature de l'histoire racontée ici, il y a un peu moins d'ironie, encore peu plus de cynisme, ce qui se traduit notamment de façon visuelle dans la construction des pages un brin répétitive et claustrophobique. Seth Fallon semble souvent perdu dans la prétentieuse scène artistique de Cincinatti, où son idéalisme se heurte à l'insécurité, le doute et la pauvreté.

    Il y a quelque chose de pesant dans ce quotidien nourri d'incertitudes, ce qui est tout de même tempéré par ces instants où l'auteur nous plonge dans le processus créatif de ses personnages. Malgré son caractère rébarbatif, qui lui est régulièrement reproché par son entourage, Seth Fallon a toujours en lui l'espoir de faire quelque chose de son talent. Mais pour cela, il faut aller de l'avant (caractéristique du récit de passage à l'âge adulte, le "coming-of-age" comme disent les américains)...

    "La Tête dans les Nuages" est un livre parfois un peu trop bavard...et pour moi, Joseph Remnant s'autorise à être plus touchant quand il laisse le dessin s'exprimer. Les pages 152 et 153, par exemple, sont très fortes et évocatrices sans avoir besoin de mots. Les trois dernières planches sont sans texte et la toute dernière case est représentative du parcours de Seth tout en affichant une apparente simplicité.



    6

    Le Doc - 19 novembre 2018

    Avez-vous aimé cette critique ? OUI NON
Vous avez lu La tête dans les nuages T.1 ?
Ecrire une critique