ITW de Brian Stelfreeze [Comic Con Paris 2018]


C’est lors de la Comic Con Paris 2018 que nous avons pu rencontrer Brian Stelfreeze, artiste complet de renommé qui officie dans le milieu des comics depuis plus de 30ans et, aujourd’hui, particulièrement connu pour avoir relancé la série de Black Panther avec Ta-Nehisi Coates. Découvrez donc notre entretien avec l’artiste où nous revenons sur son travail sur le héros wakandais ainsi que son art.


CS : Bonjour Brian Stelfreeze

Brian Stelfreeze : Bonjour


CS : Vous avez relancé la série Black Panther en 2016 avec Ta-Nehisi Coates, pouvez vous nous expliquer comment le projet a démarré ?

BS: Je suis arrivé sur le projet car l’éditeur [Wil Moss] avait déjà travaillé avec moi sur Jonah Hex. Lorsque la série devait être relancée, il a pensé à moi. Je suis un gros fan de story telling dans les comics et Ta-nehisi Coates n’avait jamais écrit de comics avant. Donc [Wil Moss] pensait nous faire travailler ensemble pour que je puisse montrer à Ta-nehisi le story-telling dans les comics.


CS : Et justement, avez-vous apprécié de travailler avec lui ?

BS : Oh oui ! C’était fantastique ! Rien qu’avec le script, je trouvais le récit incroyable et lorsqu’il commençait à recevoir mes planches, il a commencé à changer le script, à l’adapter.  C’était un processus très collaboratif, avec beaucoup d’aller-retours.


CS : En fin de compte, vous étiez co-scénariste ?

BS : Oh, j’étais comme un co-scénariste et lui comme un co-artiste ! C’était donc vraiment fantastique de travailler avec lui.


CS : Etait ce particulier de travailler avec un tel auteur qui a écrit de grands textes politiques et sociétaux tels que “la colère noire” et connu pour être un symbole pour les afro-américains ?

BS : Eh bien, la chose qui était la plus fascinante en travaillant avec lui est qu’il écrit avec le coeur d’un poète. Il y a un certain sens du rythme dans la manière dont il écrit. Je n’avais jamais travaillé avec tel écrivain. Je veux dire, je suis habitué [ à ce style d’écriture] vu que je lis du Shakespeare, mais c’était vraiment fascinant de travailler avec quelqu'un qui a un tel rythme.  Et pas seulement cela, il a apporté plus qu’un sens de la réalité physique aux comics, je veux dire, le drame n’était pas seulement physique, mais il était également mental et social. c’était donc vraiment un défi pour moi que j’ai vraiment apprécié.

Ta-nehisi Coates dessiné par Brian Stelfreeze : un vrai duo gagnant pour relancer une franchise


CS : C'était difficile pour vous d’illustrer une telle intensité ?

BS : Oh oui ! C’était juste aussi amusant que difficile ! Mais j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à l’illustrer.


CS : Revenons sur votre travail artistique sur le Wakanda, quelles étaient vos inspirations pour réaliser ces paysages, avez vous étudié des paysages africains particuliers ?

BS : Oui, du moins, quand vous regardez les peuples africains, vous avez une incroyable diversité. Si vous allez du sud au nord, tout est complètement différent. Ainsi, ce que je voulais pour le Wakanda, c’était qu’il soit une représentation globale de toute l’Afrique. Je voulais vraiment qu’il soit comme le lieu de naissance de toute l’Afrique. Donc j’ai pris l’inspiration de la culture égyptienne, des maasais mais aussi des zulus. J’ai pris un peu de toutes ces cultures et je les ai rassemblées toutes ensembles pour en faire ce Wakanda.

CS : Avez-vous déjà été en Afrique ?

BS : Non je n’y suis jamais allé mais je souhaitais que tout africain, qui regarde le Wakanda, se reconnaisse dedans.

CS : C’est une franche réussite car justement je me posais la question si vous aviez visité le Ghana, car certaines illustrations m’y ont fait pensé, c’est dire si ça a fonctionné !

BS : Exactement ! Et d’ailleurs, il y a un peu de Ghana, de Johannesburg aussi, il y a un peu de tout dedans !


CS : Revenons maintenant sur votre art, vous êtes connus pour avoir plusieurs techniques de dessins [NB : Brian Stelfreeze est surnommé le “professeur” dans le milieu par un grand nombre d’artistes], vous utilisez notamment le crayon et l’encrier mais aussi les pinceaux et la peinture, que préférez vous utiliser ?

BS : Hm, ce que je pense, c’est qu’avec chaque outil, il y a une certaine émotion. Certains récits vont mieux avec certaines techniques. Alors quand je veux illustrer quelque chose de plus romantique ou qu’il y ait plus de sentiments, j’utilise des outils plus organiques comme le pinceau, mais si je veux que quelque chose soit fort et puissant, alors je vais prioriser le crayon ou le stylo. Pour moi, ma préférence entre peindre ou faire de l'aquarelle ou utiliser les crayons et l'encre dépend de ce que je veux faire ressentir avec l’oeuvre, vous voyez ?  Et quelle que soit l'outil, j’utiliserai le plus adapté pour faire ressortir les sentiments voulus.


Brian Stelfreeze, un artiste complet

 

CS : Du coup, préférez-vous faire des couvertures qui permettent justement de jouer sur ces sentiments ou plutôt les pages intérieures ?

BS : Oh, c'est tellement différent ! Je pense que quand vous faites une couverture, vous devez faire un spectacle. Il faut faire en sorte que les gens s’arrêtent devant et la regardent ! Et j’aime ça ! Mais en même temps quand vous faites les pages intérieures, vous racontez cette fois une histoire aux gens. Donc, dans ce cas, la page individuelle importe peu, c’est la somme de toutes les planches qui a le plus gros impact. Donc je les aime toutes les deux pour des raisons différentes et je pense qu'avec une couverture, vous pouvez obtenir une ou peut-être deux émotions différentes, alors que quand vous faites des intérieurs, vous pouvez faire rire quelqu'un à la première page et la faire pleurer au moment où vous arrivez à la page 18, c'est donc très différent.


 

CS : En tant qu’artiste noir confirmé, quels conseils pouvez vous donner à vos pairs pour parvenir à travailler dans l’industrie des comics ?

BS : Je pense vraiment que pour commencer dans l'industrie des comics, vous devez simplement penser à ce que vous faites plutôt que de prendre trop de considération pour ce que vous êtes vraiment. Je pense que souvent, les artistes noirs sont trop préoccupés par être un artiste noir et pas assez préoccupé par le fait d'être un artiste. Si vous êtes un artiste noir, félicitations, vous êtes noir, c’est un fait. Maintenant, vous devez vous concentrer sur le fait d'être un artiste. Et si vous vous concentrez [essentiellement] sur cet aspect, et que vous atteignez cet objectif, vous aurez quelque chose à dire [artistiquement parlant] et vous saurez l’exprimer de la même manière pour les jeunes et les jeunes artistes noirs. Je dis toujours que vous devez vous concentrer sur le travail et être bon dans votre art. Ce qui est bien avec les comics, c'est que vous êtes acceptés pour la qualité de votre travail, c'est tout ce qui compte.


CS : Merci Brian Stelfreeze pour ce bel échange, avez-vous un dernier mot sur la BD française ?

BS : Une des choses que j'ai toujours appréciées dans la bande dessinée française, et j'ai lu beaucoup de Moebius et d’autres auteurs français tel que Bilal, c’est que la bande dessinée française a vraiment du cœur, il y a tellement d’âme dans le travail. J’ai toujours été attiré par l’industrie française de la bande dessinée pour cela et cela a été une grande influence pour moi parce que je pense que, parfois, la bande dessinée américaine manque [de cette âme]. Je pense que les français sont très bons pour faire du drame alors que les Américains sont très bons pour faire de l’action. [rire]


CS : Encore merci Brian Stelfreeze, c’était très intéressant.

BS : Merci à vous !


Interview réalisée par Blackiruah
Un grand merci à l'organisation de la Comic Con Paris pour avoir permis cette rencontre.

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par Blackiruah

Site/blog perso : www.comics-sanctuary.com

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